Hommage à L'Atalante (1990), un film de Jean Vigo

Heureuse vie, à bord de L'Atalante !

2002 – L’Intégrale DVD Jean Vigo

« L’Intégrale DVD Jean Vigo » par Jean-Louis Bompoint

Tous droits réservés (c)

Gaumont-Columbia Tristar Home Video
Format 1,33 – Vidéo 4/3 – Stéréo 2.0 – N&B – Dolby® Digital
GCT678 – 2 x DVD9

Cet article a été écrit par Jean-Louis Bompoint.

Le coffret DVD de l’intégrale de Jean Vigo est disponible depuis janvier 2002.
Il contient pas mal de surprises : Des bonnes et de beaucoup moins bonnes…

LES BONNES SURPRISES

Le prix d’achat : 208 Frs (31,71 Euros).

Iconographie

De nombreuses photos, toutes connues, mais bien exploitées tout au long des 2 DVD et du livret de présentation.

Le Journal de Jean Vigo redécouvert, même si Claude-Jean Philippe nous l’avait très bien montré lors de son excellent documentaire.

Présentation générale du coffret

Fort bien faite, sobre et élégante.

Question emballage et depuis le début de son existence, Gaumont a toujours bien su présenter ses productions.

Extraits de la Correspondance de Jean Vigo

De bien belles lettres, très émouvantes et nous faisant mieux comprendre la sensibilité comme la personnalité de l’Artiste.

« Cinéastes de notre temps : Jean Vigo » par Jacques Rozier.

Un formidable document, sobre et généreux, traité dans un style « nouvelle vague » (1964), absolument décapant et dont le discours de ses intervenants est aussi capital que les ouvrages de P.E Salès-Gomès et Pierre Lherminier, lorsque l’on veut tout savoir sur Jean Vigo.
À ne louper sous aucun prétexte !

La Restauration du Son

L’ami Serge Bromberg (Lobster Films) en compagnie de ses collègues, nous expliquent avec simplicité et efficacité, comment l’on arrive à présent, à « nettoyer » les scories techniques des bandes sons des films anciens.
Document très intéressant pour l’Étudiant ; même si le parti pris de Bromberg de tout rénover coûte que coûte, laisse parfois le cinéphile averti, comme certains cinéastes, interrogatifs…
En cela, je pose le problème : Faut-il dénaturer un film pour faire bouillir sa propre marmite ?

« À propos de Nice » / « Zéro de conduite »

Formidable restauration de la bande image où l’on peut enfin redécouvrir tout le talent et l’ingéniosité du Chef-Opérateur Boris Kaufman. (Un grand bravo aux Laboratoires Neyrac & Daems !).

Au fait, saviez vous que le Pierrot d’ »À propos de Nice » qui danse avec les jolies jeunes filles filmées en contre-plongée, n’est autre que Jean Vigo en personne ?

« Taris ou la Natation »

Le deuxième film de Jean Vigo, enfin ressorti des cartons, accompagné d’actualités Gaumont nous montrant d’autres exploits de Jean Taris.
Réjouissant !

LES CHOSES DONT ON AURAIT PU SE PASSER

Le pompeux article de l’indécrottable François Truffaut, en ouverture du livret et originellement écrit pour préfacer l’ouvrage de Pierre Lherminier.
Ne pas oublier que ce roi de l’opportunisme cinématographique, avait eu, entre-autres, le culot de prendre à son compte la partition de « l’Atalante », composée par Maurice Jaubert, pour illustrer musicalement son long métrage « L’Histoire d’Adèle H ».

« Nice, à propos de Jean Vigo » de Manoel de Oliveira.

Témoignages inutiles de Bertolucci & Anderson sur  » Zéro de conduite « .

Les « Harmoniques », qui font un pénible rapprochement de l’œuvre de Jean Vigo avec celles de certains cinéastes : Lourd et ennuyeux.

LES MAUVAISES SURPRISES

On doit déplorer une profonde dénaturation de la bande sonore des 3 films sonores de Jean Vigo par des excès de restauration numérique.
Même si l’intention de départ est généreuse, cela sonne creux et « plastique »…
Un travail de restauration sonore avait déjà été fait sur « L’Atalante » en 1990 et sur « Zéro de Conduite » en 1992.
Il était largement suffisant et de qualité. Aussi, pourquoi le sur-multiplier en 2001 ?
« Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma », dirait Jean-Luc Godard…

La Sonorisation d' »À propos de Nice »

Je me rappelle avoir présenté à Luce Vigo, en 1990, une ébauche de sonorisation de ce film muet, tourné à 16 images/seconde.
Cette tentative était constituée d’enregistrements d’époque que j’avais réussi à synchroniser avec l’image, en regrettant toutefois que le télécinéma que j’avais pu récupérer à ce moment-là, était effectué à 25 images/seconde.
Luce avait trouvé mon travail intéressant, mais l’avait cependant gentiment rejeté en me disant qu’« À propos de Nice » était avant tout un film muet et qu’il n’était pas question de le sonoriser, dans la mesure où le rythme des images composées par son Père et Boris Kaufman, constituait à lui seul, la partition musicale virtuelle du film ».
Devant cette imparable prise de position, je n’avais plus qu’à m’effacer piteusement, en regrettant d’avoir osé prendre une telle initiative…

2001 : « À propos de Nice » est sonorisé sur des accents de musette et bruité numériquement dans le style le plus vulgaire qui soit.
Quel retournement de veste ! C’est à peine croyable…
Sans compter que le film, originellement tourné à 16 images/seconde, n’a toujours pas été ramené à sa cadence de projection originale par les restaurateurs de chez Gaumont.

C’est regrettable, car le rythme même du film de Vigo (élaboré à l’époque de la dernière année du muet : 1929) est dénaturé lorsqu’il est projeté à 25 images secondes, c’est à dire en accéléré.

Enfin, que vient faire dans le chapitre « À propos de Nice » du DVD, le « concert » de Marc Perronne, dont personne n’a que faire et dont l’accordéon souffreteux écorche (et en public, encore !) les belles mélodies comme les profondes harmonies de Maurice Jaubert, qu’il ne semble absolument pas maîtriser ?
Tout cela sent le copinage à plein nez et permet actuellement à « l’artiste » de se pavaner dans divers festivals, bobines Vigoliennes et piano à bretelles sous le bras.
Il n’y a pas de petits profits !

L’Atalante

La version restaurée de 1990 (et la plus complète à ce jour) est définitivement mise au panier.
Bernard Eisenschitz, arrivant enfin à libérer son venin, nous en donne une nouvelle version.

Certes, aucune restauration ne doit être figée, dans la mesure où si elle peut être améliorée, il est nécessaire de prendre exemple sur Pénélope, détissant sa tapisserie et refaisant cent fois son ouvrage.
Mais dans le cas présent, l’œuvre de Vigo revient à son point de départ, c’est à dire dans le premier montage de Louis Chavance, sur lequel d’ailleurs, Vigo désirait apporter quelques modifications.(Cependant et malgré son désir de retour aux sources imprégné d’épuration, Eisenschitz ne s’est pas privé de garder pour son compte, certaines initiatives de la restauration de 1990 !).

À ce sujet, je vous invite à vous connecter ICI sur les séquences vidéo QuickTime® que j’ai sélectionnées et commentées pour vous, afin d’illustrer mon discours.



Dieu, que cela fait mal de voir son travail de restauration et des années de recherches passer sous la coupe de l’inquisition, représentée dans le DVD par les commentaires du « documentaire » de Bernard Eisenschitz : « Les voyages de L’Atalante », qui ne restera qu’un prétentieux pamphlet énoncé par  » l’auteur « , d’une voix précieuse et monocorde et qui met gaillardement son nom en avant par 2 fois dans les génériques début & fin de ce qu’il ose appeler son  » film  » (un peu de promotion personnelle ne nuit pas !).

Il faut entendre comment la restauration de 1990 est stigmatisée par des sous-propos fielleux et dignes d’un Jésuite qui se serait défroqué.
Eisenschitz est vraiment un dangereux intégriste (Mais d’où détient-il toutes ces « vérités » qu’il assène, voire à quel titre ?) et le jansénisme de son discours en dit long sur ses propres frustrations cinématographiques…
Bref, le long-métrage de Vigo a été « revisité » comme aurait pu le faire l’Office Catholique du Cinéma sous le régime du Maréchal Pétain. (Voir et entendre lorsqu’Eisenschitz parle de « perfection de mise en scène » chez Vigo, alors que « L’Atalante » et « Zéro de Conduite » sont truffés de fautes de grammaire cinématographiques, dont tout cinéphile averti peut s’amuser à faire l’inventaire mais dont tout le monde se moque puisque le génie est là.).
Le documentaire « Les Voyages de L’Atalante », propose une vision très « intellectualisante » du travail de Vigo, qui ne correspond absolument pas à la réalité.
Cette réalité que m’avaient expliqué en 1989/90, les survivants du film : Charles Goldblatt, Pierre Merle, Jacqueline Morland, Jean Dasté, Henri Storck, Paul Grimault et Jean-Paul Alphen et qui est par ailleurs révélée avec justesse et par bien d’autres encore, dans le film documentaire de Jacques Rozier, réalisé en 1964.

À ce sujet et pour en briser avec cette triste initiative de revisite de la restauration de « l’Atalante », je tiens à donner copie d’un extrait de la lettre que j’ai adressée à un groupe d’Enseignants du Lycée de Laon (représenté par Madame Nadine Bécret)et qui me demandait aimablement de venir parler de mon travail, après la projection du film qu’ils comptent organiser au mois de mars 2002 pour leurs élèves, puisque l’on sait que « l’Atalante » est au programme du baccalauréat :

Suite à la publication en l’an 2000, d’un ouvrage fort discutable :  » L’ATALANTE  » (Editions LA CINEMATHEQUE FRANCAISE / LES BELLES LETTRES) où mon action sur le film de Jean VIGO a été stigmatisée par des théoriciens abusifs, puis d’un article de presse paru dans LIBERATION, le 09/07/01 sous la plume de Bernard WAINTROP (pour lequel je n’ai jamais pu obtenir de droit de réponse), je viens d’apprendre qu’un groupuscule de terroristes intégristes et inquisiteurs de la pellicule, venait tout récemment, pour des raisons obscures, voire politiques, (mais de toutes manières, ne visant qu’à servir leurs intérêts personnels), de saboter en toute légalité la version de  » L’ATALANTE  » de Jean VIGO, que j’ai restaurée en 1990 avec Pierre PHILIPPE, sur la demande à l’époque, de Madame Luce VIGO et de la Société GAUMONT, alors représentée pour cette occasion par Monsieur Michel SCHMIDT.

N’ayant absolument aucun droit physique et/ou moral sur le film, sinon ma bonne foi, je ne puis aujourd’hui créditer ce désastre et il ne me reste qu’à assister, impuissant, à la nouvelle diffusion du film  » revisité  » en DVD, nanti d’une bande sonore dénaturée et d’une nouvelle interprétation de montage, que seule l’Histoire jugera.

De par ces regrettables événements effectués à mon insu et sur lesquels l’on m’a volontairement écarté, je ne puis à présent accepter de venir commenter en public, une version de  » L’ATALANTE « , que je récuse et qui a été dirigée par une personne qui n’a jamais touché un mètre de pellicule de sa vie, sinon dans ses fantasmes les plus Freudiens.
En cela, chère Madame, je me dois de décliner votre sympathique invitation, en laissant à d’autres, la responsabilité d’exposer publiquement la malhonnêteté de leurs actions et initiatives, comme cela a déjà été pratiqué lors du dernier Festival du Film de Sarlat, le 1er novembre 2001 et le sera encore, du 16 au 29 janvier 2002, à l’Institut de L’Image d’Aix en Provence.

Exemple parmi d’autres du problème de la restauration de 2000 de L’Atalante par Bernard Eisenschitz

Voici un extrait du découpage par Jean Vigo du scénario de L’Atalante tel qu’il a été relevé par Pierre LHERMINIER et publié dans son ouvrage Jean VIGO, Oeuvre de Cinéma (ed.Pierre Lherminier/Cinémathèque Française).

On voit bien que Jean Vigo avait prévu ce plan avec la surimpression des deux Michel Simon se battant l’un contre l’autre que Bernard Eisenschitz a supprimé de la version 2000 de L’Atalante (allant donc contre la volonté de Jean Vigo), surimpression qui figurait bien sur dans la version 1990 de de L’Atalante de Jean-Louis Bompoint et Pierre Philippe.

CQFD.

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