Hommage à L'Atalante (1990), un film de Jean Vigo

Heureuse vie, à bord de L'Atalante !

Chapitre : L’Atalante par Jean-Louis Bompoint

1990 – L’Atalante les vidéos comparatives des deux restaurations – (partie 4)

(c) tous droits réservés. Gaumont

1 – POURQUOI UN NOUVEAU GENERIQUE DANS
« L’ATALANTE » EN 1990?

Jean-Louis Bompoint explique que le premier générique contenait des noms mal orthographiés comme celui de Charles Goldblatt.

De plus il était très incomplet au point de vue technique et concernant les acteurs.

Pour faire ce nouveau générique de l’Atalante il a fait appel à son ami Michel Gondry.

Jean-Louis Bompoint ajoute que bien évidemment son générique a été supprimé lors de la restauration 2001 au profit du premier générique en contenant des fautes d’orthographes comme celle-ci :

Prises de vue au lieu de Prise de vues (cf wikipedia).

2 – MICHEL SIMON ET LA SCENE DU PANCRACE

Dans le scénario original, Jean Vigo souhaitait que le Père Jules (Michel Simon) se batte contre lui-même par un trucage, lors de sa démonstration de Pancrace.

En 1990, Pierre Philippe et Jean-Louis Bompoint, Claude Copin et Gérard Soirant ont exaucé le voeu de l’auteur.

Cette scène a été coupée par Bernard EISENSCHITZ dans la version 2000.


3 – JEAN DASTE ET DITA PARLO DANS LA SCENE DE LA LESSIVEUSE

Lors de leurs recherches Jean-Louis Bompoint et Pierre Philippe ont retrouvé ce plan de Jean Dasté et Dita Parlo chantant Le Chant des Mariniers. Malheureusement il était flou.

Devant la générosité et la fraicheur de ce plan, il a été décidé de l’inclure dans cette restauration en 1990.

Cette scène a été coupée par Bernard EISENSCHITZ dans la version 2000.

4 – LA CHANSON DU CAMELOT DE GILLES MARGARITIS

Séquence inédite du 1er couplet tournée à deux caméras par Jean Vigo retrouvée et intégrée par Jean-Louis Bompoint dans la version restaurée de 1990.

Mutilée par Bernard EISENSCHITZ dans la version 2000.


5 – A LA RECHERCHE DE JULIETTE

Jean-Louis Bompoint raconte qu’il avait retrouvé notamment des rushes inédits qui correspondent d’après le script original de Jean Vigo à la première recherche de Juliette par Jean.

Certains étaient sonores d’autres muets, il a donc fallu restaurer cette séquence le plus plausiblement à partir des éléments originaux de la bande sonore du film et des voix des principaux acteurs.

Supprimée par Bernard EISENSCHITZ dans la version 2000.

6 – POLEMIQUE AUTOUR DU MONTAGE SON DE LA SCENE DES RETROUVAILLES ENTRE DITA PARLO ET MICHEL SIMON

Jean-Louis Bompoint se défend du parti pris sonore dans cette scène où le Père Jules (Michel Simon) retrouve Juliette (Dita Parlo).

En effet, Pierre Philippe et lui ont préféré utiliser Le Chant des Mariniers dans la version orchestrée de Maurice Jaubert qui rappelle plus le disque que Juliette est censé écouter avec ses écouteurs.

Alors que dans la version 2000, Bernard EISENSCHITZ a choisi d’utiliser une version du Chant des Mariniers chantée a capella par des voix qui ne sont même pas celles de Jean Dasté et Dita Parlo !

7 – JEAN DASTE ET LE FAMEUX PLAN DU BLOC DE GLACE

Plan mythique remonté par Pierre Philippe en 1990 dans la séquence du phonographe.

Arbitraire ? peut-être.

Supprimée par Bernard EISENSCHITZ dans la version 2000.


Pourquoi toutes ces scènes ont-elles été coupées dans la restauration de 2000, menée par Bernard Eisenschitz ?

Comme dit Jean-Louis Bompoint : « l’histoire jugera ! »

– BONUS –

LE MYSTERE DU PLAN N°279/A1 DE « L’ATALANTE »

Vous remarquerez que sur le clap de la prise sonore le chef-opérateur est Louis Berger.

Mais où était donc Boris Kaufman ce jour là ?

LE REPORTAGE DE LA BBC SUR LA RESTAURATION DE « L’ATALANTE » EN 1990

par David Thompson

Extrait de l’entretien de la BBC avec Jean-Louis Bompoint

Ce qui est dommage c’est que même pour la première version Vigo n’a pas eu le « final cut» . Il était très conscient de ce point parce qu’il avait demandé à Louis Chavance, le monteur du film, d’être présent au tournage parce qu’il savait qu’il ne pourrait pas avoir main mise sur le montage. Ce qu’il faut bien savoir aussi c’est que Jean Vigo, théoriquement, n’était pas d’accord avec le premier montage et voulait apporter un certain nombre de modifications, c’est assez flou mais on pense que c’est comme ça (que ça s’est passé). […]

Donc avec les éléments de cette copie que nous avons retrouvé à Berkhamstead, les rushes et les inédits de la Cinémathèque Française et quelques petites jointures que l’on va retrouver dans une copie du Chaland qui passe qui nous a été gracieusement prêté par la Cinémathèque Royale de Belgique, je pense que nous allons arriver à constituer un film aussi complet que possible. […]

Avec Pierre (Philippe), ce que nous avons fait avant de toucher à un seul mètre de pellicule, nous avons voulu retrouver tous les survivants du film. Et à partir de toutes ces rencontres nous avons retrouvé le scénario littéraire du film et surtout le découpage technique avec tous les numéros (de plans). Mais ce qu’il y a de très important c’est que cela nous sert en gros de bible pour respecter l’auteur au maximum.

Il faut bien que le public sache que l’on ne va pas prendre des initiatives personnelles.

En aucun cas on ne veut trahir l’oeuvre de Jean Vigo.

Nous sommes au contraire là pour le servir.

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2011 – L’Atalante version Jean-Louis Bompoint par Michel Gondry

Michel Gondry - L'Atalante (c) Cinecinéma

Nous avons rencontré Michel Gondry le 15 février 2011 lors d’une visite de Presse de son Usine de Films Amateurs au Centre Pompidou (à Paris du 16 février au 28 mars 2011). En parallèle, CinéCinéma consacre une grande carte blanche à Michel Gondry du 4 mars 2011 au 13 mars 2011 sur les chaines CinéCinéma Club et CinéCinéma Classic. L’un des films choisi par Michel Gondry est l’Atalante de Jean Vigo dans cette fameuse version introuvable et inédite en DVD de Jean-Louis Bompoint et Pierre Philippe.

Un bon prétexte pour lui demander rapidement la raison de ce choix. La conversation s’enchaîne très vite sur l’une des scènes de la restauration de 1990 qui a été supprimée par les auteurs de la restauration de 2001 (celle du DVD donc).

Par rapport à cette scène où Michel Simon se bat contre lui-même, rétablie par Jean-Louis Bompoint dans la version de 1990, Bernard Eisenschitz a pensé que c’était un effet un peu gratuit et il l’a enlevée de sa version en 2001, alors que Vigo avait fait exprès ! Il avait prévu ce trucage, cette superposition ! Je crois qu’un film comme l’Atalante, il ne faut pas chercher à le rendre parfait, à l’améliorer quand on le restaure, parce que restaurer un film c’est retrouver ce que le réalisateur a souhaité… La nouvelle version est un peu plus froide, plus intellectuelle…

Pourquoi ce choix de l’Atalante dans votre carte blanche ?

C’est un film magnifique ! Jean Vigo c’est quelqu’un qui n’était pas directement dans le mouvement surréaliste mais qui était très apprécié par les surréalistes. C’est presque mieux d’une certaine manière car c’est plus ouvert et plus accessible mais en même temps il y a vraiment la magie, la poésie qui vient de ce mouvement. C’est quand même l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma… C’est un travail de commande. Il ne trouvait pas d’argent pour faire ses films, il était assez maudit faut dire, et on lui a proposé ce scénario qu’il trouvait très ringard ! Le fait qu’il a eu cette histoire très basique, il a pu infuser cette magie dans les plans. ça respire de partout la magie et le fait d’avoir cette limitation du scénario qui était commandé par ce marchand de blé je crois qui avait des sous à investir et qui n’avait jamais fait de cinéma, ça lui a permis de faire un film… cette limitation l’a libéré pour être plus créatif.

L’introduction de Michel Gondry à propos de la diffusion de l’Atalante de Jean Vigo version Jean-Louis Bompoint de 1990 sur le site de CineCinéma (la vidéo se trouve au 8° module, à la fin du déroulant).

J’ai choisi l’Atalante parce que c’est un film magnifique. Mon ami monteur et directeur de la photographie, Jean-Louis Bompoint me l’a fait découvrir il y a très longtemps et il l’avait restauré en 1990… Une énergie et une poésie inouïe, c’est un film qui respire la vie à chaque image…  Il y a de la magie qui apparaît sans raison dans le quotidien. Il y a tout ce que j’aime ! Quand il plonge sous l’eau pour essayer de voir l’image de son amoureuse, et elle arrive en surimpression c’est « joli »…

Et j’avais fait le poster à l’époque. Jean-Louis Bompoint m’avait demandé de refaire l’affiche. C’est celle qu’ils utilisent aux USA pour le DVD, c’est rigolo. Et la première image du film, comme on a restauré les crédits, le générique c’est moi qui avait fait l’image du bateau que l’on voit en figé. J’avais fait ça avec un aérographe il y a très longtemps…

Pierre Zeni et Michel Gondry

 

L’affiche de l’Atalante dessinée par Michel Gondry


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2002 – L’Intégrale DVD Jean Vigo

« L’Intégrale DVD Jean Vigo » par Jean-Louis Bompoint

Tous droits réservés (c)

Gaumont-Columbia Tristar Home Video
Format 1,33 – Vidéo 4/3 – Stéréo 2.0 – N&B – Dolby® Digital
GCT678 – 2 x DVD9

Cet article a été écrit par Jean-Louis Bompoint.

Le coffret DVD de l’intégrale de Jean Vigo est disponible depuis janvier 2002.
Il contient pas mal de surprises : Des bonnes et de beaucoup moins bonnes…

LES BONNES SURPRISES

Le prix d’achat : 208 Frs (31,71 Euros).

Iconographie

De nombreuses photos, toutes connues, mais bien exploitées tout au long des 2 DVD et du livret de présentation.

Le Journal de Jean Vigo redécouvert, même si Claude-Jean Philippe nous l’avait très bien montré lors de son excellent documentaire.

Présentation générale du coffret

Fort bien faite, sobre et élégante.

Question emballage et depuis le début de son existence, Gaumont a toujours bien su présenter ses productions.

Extraits de la Correspondance de Jean Vigo

De bien belles lettres, très émouvantes et nous faisant mieux comprendre la sensibilité comme la personnalité de l’Artiste.

« Cinéastes de notre temps : Jean Vigo » par Jacques Rozier.

Un formidable document, sobre et généreux, traité dans un style « nouvelle vague » (1964), absolument décapant et dont le discours de ses intervenants est aussi capital que les ouvrages de P.E Salès-Gomès et Pierre Lherminier, lorsque l’on veut tout savoir sur Jean Vigo.
À ne louper sous aucun prétexte !

La Restauration du Son

L’ami Serge Bromberg (Lobster Films) en compagnie de ses collègues, nous expliquent avec simplicité et efficacité, comment l’on arrive à présent, à « nettoyer » les scories techniques des bandes sons des films anciens.
Document très intéressant pour l’Étudiant ; même si le parti pris de Bromberg de tout rénover coûte que coûte, laisse parfois le cinéphile averti, comme certains cinéastes, interrogatifs…
En cela, je pose le problème : Faut-il dénaturer un film pour faire bouillir sa propre marmite ?

« À propos de Nice » / « Zéro de conduite »

Formidable restauration de la bande image où l’on peut enfin redécouvrir tout le talent et l’ingéniosité du Chef-Opérateur Boris Kaufman. (Un grand bravo aux Laboratoires Neyrac & Daems !).

Au fait, saviez vous que le Pierrot d’ »À propos de Nice » qui danse avec les jolies jeunes filles filmées en contre-plongée, n’est autre que Jean Vigo en personne ?

« Taris ou la Natation »

Le deuxième film de Jean Vigo, enfin ressorti des cartons, accompagné d’actualités Gaumont nous montrant d’autres exploits de Jean Taris.
Réjouissant !

LES CHOSES DONT ON AURAIT PU SE PASSER

Le pompeux article de l’indécrottable François Truffaut, en ouverture du livret et originellement écrit pour préfacer l’ouvrage de Pierre Lherminier.
Ne pas oublier que ce roi de l’opportunisme cinématographique, avait eu, entre-autres, le culot de prendre à son compte la partition de « l’Atalante », composée par Maurice Jaubert, pour illustrer musicalement son long métrage « L’Histoire d’Adèle H ».

« Nice, à propos de Jean Vigo » de Manoel de Oliveira.

Témoignages inutiles de Bertolucci & Anderson sur  » Zéro de conduite « .

Les « Harmoniques », qui font un pénible rapprochement de l’œuvre de Jean Vigo avec celles de certains cinéastes : Lourd et ennuyeux.

LES MAUVAISES SURPRISES

On doit déplorer une profonde dénaturation de la bande sonore des 3 films sonores de Jean Vigo par des excès de restauration numérique.
Même si l’intention de départ est généreuse, cela sonne creux et « plastique »…
Un travail de restauration sonore avait déjà été fait sur « L’Atalante » en 1990 et sur « Zéro de Conduite » en 1992.
Il était largement suffisant et de qualité. Aussi, pourquoi le sur-multiplier en 2001 ?
« Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma », dirait Jean-Luc Godard…

La Sonorisation d' »À propos de Nice »

Je me rappelle avoir présenté à Luce Vigo, en 1990, une ébauche de sonorisation de ce film muet, tourné à 16 images/seconde.
Cette tentative était constituée d’enregistrements d’époque que j’avais réussi à synchroniser avec l’image, en regrettant toutefois que le télécinéma que j’avais pu récupérer à ce moment-là, était effectué à 25 images/seconde.
Luce avait trouvé mon travail intéressant, mais l’avait cependant gentiment rejeté en me disant qu’« À propos de Nice » était avant tout un film muet et qu’il n’était pas question de le sonoriser, dans la mesure où le rythme des images composées par son Père et Boris Kaufman, constituait à lui seul, la partition musicale virtuelle du film ».
Devant cette imparable prise de position, je n’avais plus qu’à m’effacer piteusement, en regrettant d’avoir osé prendre une telle initiative…

2001 : « À propos de Nice » est sonorisé sur des accents de musette et bruité numériquement dans le style le plus vulgaire qui soit.
Quel retournement de veste ! C’est à peine croyable…
Sans compter que le film, originellement tourné à 16 images/seconde, n’a toujours pas été ramené à sa cadence de projection originale par les restaurateurs de chez Gaumont.

C’est regrettable, car le rythme même du film de Vigo (élaboré à l’époque de la dernière année du muet : 1929) est dénaturé lorsqu’il est projeté à 25 images secondes, c’est à dire en accéléré.

Enfin, que vient faire dans le chapitre « À propos de Nice » du DVD, le « concert » de Marc Perronne, dont personne n’a que faire et dont l’accordéon souffreteux écorche (et en public, encore !) les belles mélodies comme les profondes harmonies de Maurice Jaubert, qu’il ne semble absolument pas maîtriser ?
Tout cela sent le copinage à plein nez et permet actuellement à « l’artiste » de se pavaner dans divers festivals, bobines Vigoliennes et piano à bretelles sous le bras.
Il n’y a pas de petits profits !

L’Atalante

La version restaurée de 1990 (et la plus complète à ce jour) est définitivement mise au panier.
Bernard Eisenschitz, arrivant enfin à libérer son venin, nous en donne une nouvelle version.

Certes, aucune restauration ne doit être figée, dans la mesure où si elle peut être améliorée, il est nécessaire de prendre exemple sur Pénélope, détissant sa tapisserie et refaisant cent fois son ouvrage.
Mais dans le cas présent, l’œuvre de Vigo revient à son point de départ, c’est à dire dans le premier montage de Louis Chavance, sur lequel d’ailleurs, Vigo désirait apporter quelques modifications.(Cependant et malgré son désir de retour aux sources imprégné d’épuration, Eisenschitz ne s’est pas privé de garder pour son compte, certaines initiatives de la restauration de 1990 !).

À ce sujet, je vous invite à vous connecter ICI sur les séquences vidéo QuickTime® que j’ai sélectionnées et commentées pour vous, afin d’illustrer mon discours.



Dieu, que cela fait mal de voir son travail de restauration et des années de recherches passer sous la coupe de l’inquisition, représentée dans le DVD par les commentaires du « documentaire » de Bernard Eisenschitz : « Les voyages de L’Atalante », qui ne restera qu’un prétentieux pamphlet énoncé par  » l’auteur « , d’une voix précieuse et monocorde et qui met gaillardement son nom en avant par 2 fois dans les génériques début & fin de ce qu’il ose appeler son  » film  » (un peu de promotion personnelle ne nuit pas !).

Il faut entendre comment la restauration de 1990 est stigmatisée par des sous-propos fielleux et dignes d’un Jésuite qui se serait défroqué.
Eisenschitz est vraiment un dangereux intégriste (Mais d’où détient-il toutes ces « vérités » qu’il assène, voire à quel titre ?) et le jansénisme de son discours en dit long sur ses propres frustrations cinématographiques…
Bref, le long-métrage de Vigo a été « revisité » comme aurait pu le faire l’Office Catholique du Cinéma sous le régime du Maréchal Pétain. (Voir et entendre lorsqu’Eisenschitz parle de « perfection de mise en scène » chez Vigo, alors que « L’Atalante » et « Zéro de Conduite » sont truffés de fautes de grammaire cinématographiques, dont tout cinéphile averti peut s’amuser à faire l’inventaire mais dont tout le monde se moque puisque le génie est là.).
Le documentaire « Les Voyages de L’Atalante », propose une vision très « intellectualisante » du travail de Vigo, qui ne correspond absolument pas à la réalité.
Cette réalité que m’avaient expliqué en 1989/90, les survivants du film : Charles Goldblatt, Pierre Merle, Jacqueline Morland, Jean Dasté, Henri Storck, Paul Grimault et Jean-Paul Alphen et qui est par ailleurs révélée avec justesse et par bien d’autres encore, dans le film documentaire de Jacques Rozier, réalisé en 1964.

À ce sujet et pour en briser avec cette triste initiative de revisite de la restauration de « l’Atalante », je tiens à donner copie d’un extrait de la lettre que j’ai adressée à un groupe d’Enseignants du Lycée de Laon (représenté par Madame Nadine Bécret)et qui me demandait aimablement de venir parler de mon travail, après la projection du film qu’ils comptent organiser au mois de mars 2002 pour leurs élèves, puisque l’on sait que « l’Atalante » est au programme du baccalauréat :

Suite à la publication en l’an 2000, d’un ouvrage fort discutable :  » L’ATALANTE  » (Editions LA CINEMATHEQUE FRANCAISE / LES BELLES LETTRES) où mon action sur le film de Jean VIGO a été stigmatisée par des théoriciens abusifs, puis d’un article de presse paru dans LIBERATION, le 09/07/01 sous la plume de Bernard WAINTROP (pour lequel je n’ai jamais pu obtenir de droit de réponse), je viens d’apprendre qu’un groupuscule de terroristes intégristes et inquisiteurs de la pellicule, venait tout récemment, pour des raisons obscures, voire politiques, (mais de toutes manières, ne visant qu’à servir leurs intérêts personnels), de saboter en toute légalité la version de  » L’ATALANTE  » de Jean VIGO, que j’ai restaurée en 1990 avec Pierre PHILIPPE, sur la demande à l’époque, de Madame Luce VIGO et de la Société GAUMONT, alors représentée pour cette occasion par Monsieur Michel SCHMIDT.

N’ayant absolument aucun droit physique et/ou moral sur le film, sinon ma bonne foi, je ne puis aujourd’hui créditer ce désastre et il ne me reste qu’à assister, impuissant, à la nouvelle diffusion du film  » revisité  » en DVD, nanti d’une bande sonore dénaturée et d’une nouvelle interprétation de montage, que seule l’Histoire jugera.

De par ces regrettables événements effectués à mon insu et sur lesquels l’on m’a volontairement écarté, je ne puis à présent accepter de venir commenter en public, une version de  » L’ATALANTE « , que je récuse et qui a été dirigée par une personne qui n’a jamais touché un mètre de pellicule de sa vie, sinon dans ses fantasmes les plus Freudiens.
En cela, chère Madame, je me dois de décliner votre sympathique invitation, en laissant à d’autres, la responsabilité d’exposer publiquement la malhonnêteté de leurs actions et initiatives, comme cela a déjà été pratiqué lors du dernier Festival du Film de Sarlat, le 1er novembre 2001 et le sera encore, du 16 au 29 janvier 2002, à l’Institut de L’Image d’Aix en Provence.

Exemple parmi d’autres du problème de la restauration de 2000 de L’Atalante par Bernard Eisenschitz

Voici un extrait du découpage par Jean Vigo du scénario de L’Atalante tel qu’il a été relevé par Pierre LHERMINIER et publié dans son ouvrage Jean VIGO, Oeuvre de Cinéma (ed.Pierre Lherminier/Cinémathèque Française).

On voit bien que Jean Vigo avait prévu ce plan avec la surimpression des deux Michel Simon se battant l’un contre l’autre que Bernard Eisenschitz a supprimé de la version 2000 de L’Atalante (allant donc contre la volonté de Jean Vigo), surimpression qui figurait bien sur dans la version 1990 de de L’Atalante de Jean-Louis Bompoint et Pierre Philippe.

CQFD.

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1990 – Histoire d’une restauration (partie1)

« L’ATALANTE »
HISTOIRE D’UNE RESTAURATION
par
Jean-Louis Bompoint

Tous droits réservés (c)

Cet exposé exprime des points de vue totalement subjectifs qui le situent entre le manifeste et l’auto portrait d’un Homme de Cinéma.
Manifeste par ses choix artistiques et la mise en valeur de certains Auteurs (et de certaines de leurs œuvres), auto-portrait de l’humble tâcheron Cinéma que je suis car lorsque l’on parle des êtres aimés et des œuvres admirées, on parle d’abord de soi-même.


Ce site dévolu à Jean VIGO et à son long métrage, est dédié à Michel SCHMIDT, qui fût mon formidable Producteur chez GAUMONT, lorsque je fus engagé en 1990, pour participer à la restauration de « L’ATALANTE » et qui m’a toujours soutenu dans mes actions et initiatives.

INTRODUCTION

Lorsque j’ai été contacté par le Centre Culturel Français de Groningen afin de présenter le travail de restauration que j’ai pu effectuer sur « l’Atalante » de Jean VIGO, j’ai ressenti en même temps une grande joie et un pincement au coeur. Une grande joie, parce que le fait de débattre de VIGO et de son oeuvre reste un de mes sujets de conversation favoris dès qu’il s’agit de parler Cinéma…

Un pincement au coeur parce que cette formidable et étrange aventure qu’a été cette restauration, m’a laissé des traces indélébiles où l’angoisse et la souffrance ne sont pas exclues.

Je vais humblement essayer de vous relater en quelques mots l’odyssée de ce navire cinématographique dont le parcours a été riche en péripéties tant au point de vue technique qu’humain.

Avant de commencer mon récit, je tiens à préciser que tous les propos et informations qui vont être énoncés devant vous aujourd’hui, n’engagent que moi . Je tâcherai cependant de rester fidèle et objectif face aux événements qui se sont déroulés dans la restauration de « l’Atalante » et suis heureux de répéter encore une fois que mon seul but au cours de cette aventure aura été de respecter et tenter de faire revivre dans son intégralité l’oeuvre de Jean VIGO.

COMMENT LA MUSIQUE DE JAZZ PEUT MENER À L’ATALANTE

En 1983, mes études universitaires sont achevées, je décide donc de quitter Bordeaux où je vivais chez mes parents afin de gagner la capitale pour y réaliser mon premier film professionnel HISTOIRE D’UN CLOWN, qui venait de bénéficier d’une aide à la production de la part du Centre National de la Cinématographie. Il fallait que je quitte Bordeaux pour tenter de m’établir définitivement à Paris, seule ville Française où l’on peut, hélas, exercer à peu près correctement la profession de cinéaste…

Les débuts ont été plus que pénibles et mon porte monnaie était plus souvent vide qu’à son tour. Par bonheur, je pratiquais la musique de jazz depuis de longues années et je dois avouer que le fait d’aller me produire dans les jazz-clubs Parisiens m’a souvent aidé à survivre, une fois mon court-métrage achevé…

C’est au cours de l’une de ces nocturnes jam- sessions que je fis la connaissance d’un pianiste fort sympathique qui répondait au nom de Pierre SIGAUD. Pierre pratiquait la musique en amateur et une fois son travail d’administrateur auprès de la Cinémathèque Française achevé, il aimait faire swinguer les ivoires de son clavier auprès de musiciens animés par la même passion. Pierre SIGAUD n’ignorait pas que j’étais un réalisateur en herbe, connaissait ma passion pour le cinéma Français et mon amour pour l’oeuvre de Jean VIGO.

Aussi, fût il heureux de m’apprendre que la Cinémathèque Française était en possession d’éléments plus ou moins inédits de « l’Atalante », que l’on avait retrouvé depuis peu. Enthousiasmé par la nouvelle, je lui demandais si il était possible de voir ces bobines en projection privée. Étant un administratif, Pierre me répondit que cela n’était absolument pas de son ressort et qu’il valait mieux que j’adresse un courrier à Vincent PINEL, alors Conservateur au sein de la Cinémathèque. J’écrivais donc une longue lettre auprès de Mr PINEL au mois de juillet 1984, en expliquant mes motivations pour « l’Atalante », dont je n’avais vu qu’une version mutilée, exploitée par FRANFILMDIS depuis de trop longues années… Mais l’épure de ce chef d’oeuvre m’avait suffisamment marqué pour que j’aie l’appétit de connaître ce qui n’avait jamais été encore divulgué au public… Le doigt était mis dans l’engrenage de la passivité…

PATIENCE ET LONGUEUR DE TEMPS…

Vincent PINEL eut la gentillesse de me répondre… en juin 1986, qu’il était extrêmement occupé mais qu’il me serait cependant possible de visionner en projection privée les inédits de « l’Atalante », dès qu’il aurait un moment de libre. Ainsi je dus attendre jusqu’en juin 1988 pour recevoir une lettre aux armes de la Cinémathèque Française, m’invitant à me rendre au Palais de Chaillot pour découvrir les bobines tant espérées…

Entre-temps, j’avais participé, en novembre 1985, au Festival International du Film d’Amiens, où mon film était sélectionné. Là, je fais connaissance d’un Producteur Canadien à la forte personnalité: Louis DUSSAULT, qui entre deux signatures de contrats, m’annonce qu’il avait rencontré au sein du Festival, une personnalité non dénuée d’intérêt: Luce VIGO, la fille du grand Cinéaste !

Immédiatement, je demande à Louis si il est possible de la rencontrer et quelques minutes plus tard, je serre avec émotion la main de Luce. Bien entendu, je lui fais part de ma passion pour VIGO et lui demande si elle a connaissance des inédits de la Cinémathèque que je cherchais désespérément à visionner. Luce connaissait l’existence de ces bobines, mais quelques personnes bien intentionnées lui avaient affirmé qu’il n’y avait « rien d’intéressant à en tirer ». Sur le coup, j’étais déçu, mais quelque chose d’inexplicable me disait en mon fort intérieur, que ce n’était pas vrai et qu’il me fallait voir ces bobines à tout prix. Je devais attendre trois ans avant de voir mon souhait se réaliser…

LA RÉVÉLATION ET LA PUNITION

J.L.BOMPOINT & PIERRE PHILIPPE & LUCE VIGO (c) – D.R

Le 10 juin 1988, étrennant mes vingt-huit ans, je me rends au Palais de Chaillot où Vincent PINEL m’attendait. J’avais prévenu Luce VIGO de l’événement, ainsi que Françoise JAUBERT (fille du compositeur Maurice JAUBERT dont j’avais fait la connaissance en adhérant la même année à l’association musicale qu’elle présidait). Là, nouvelle déception, Vincent PINEL m’annonce que le projecteur 35m/m de la Cinémathèque vient de tomber en panne et qu’il me sera impossible de visionner les rushes de « l’Atalante » ce jour. Voyant les bobines tant convoitées, disposées sur un petit chariot à roulettes bien connu des salles de montage, je demande à Vincent PINEL si il ne serait pas possible que je visionne ces images et ces sons sur une table de montage. S’étant assuré que je connaissais le fonctionnement de l’appareil, Vincent PINEL me laisse seul avec une quinzaine de boîtes de 300 mètres, me souhaitant une bonne projection. Le miracle allait commencer et les embêtements aussi…

La révélation a été immédiate.

A la vue des premières séquences synchrones défilant sur la table de montage, je découvrais enfin les pièces manquant au puzzle du film mutilé que je connaissais par cþur. Puis ce furent les rushes muets, inédits et superbes où l’on pouvait découvrir VIGO passant furtivement devant la camera de Boris KAUFMAN tandis que Pierre MERLE et Charles GOLDBLATT caressaient des chats sur le pont de la péniche.

Enfin vint le tour des musiques et des sons seuls où je pus entendre la voix de Jean VIGO dirigeant ses comédiens, où les mélodies de Maurice JAUBERT ressortaient du passé comme par miracle, entraînées par le maigre faisceau orthochromatique du son optique.

C’étaient trop d’émotions dans une seule journée, les larmes coulaient de mes yeux tant le spectacle qui se déroulait devant moi me paraissait incroyable et beau.

Dès lors, une idée me vient en tête. Elle allait devenir un credo: « Il faut restaurer « l’Atalante » « .

A ces mots, Vincent PINEL me fit revenir sur terre; certes, il comprenait mon émotion devant la vision de ces bobines, mais il fallait que j’oublie tout cela très vite. La Cinémathèque Française comptait effectuer une restauration du film sous sa direction et il n’y aurait pas de place pour moi pour y travailler, l’équipe étant au complet. -« Surtout, gardez la connaissance de ces éléments dans le plus grand secret et ne dites rien à personne ! » me dit Vincent PINEL en me raccompagnant. « Pas même à Luce VIGO et à Françoise JAUBERT ?« ,tentais-je timidement, « À personne Mr BOMPOINT, ceci est confidentiel… »

J’étais très embêté. Je n’avais pas le droit de dire à Luce et à Françoise que j’avais vu de quoi restaurer sérieusement « l’Atalante » sans pour autant obtenir la version complète du film. Plusieurs jours passèrent et le fait de ne rien pouvoir dire à Luce et Françoise commençait à devenir de plus en plus désagréable à mon esprit. Je trouvais injuste qu’elles ne soient pas informées. Peut être ai-je commis une bêtise, mais j’ai finalement décroché mon téléphone pour appeler Luce et Françoise.

Là, je me suis aperçu que j’avais déclenché une poudrière lorsque j’ai expliqué ce que j’avais vu et entendu au Palais de Chaillot. J’ai eu beau dire que tout ceci était confidentiel, j’ai cru comprendre à la fin de mes deux appels que Vincent PINEL allait recevoir des nouvelles de Luce et Françoise. Après tout, je n’allais avoir que ce que je méritais: de sérieux ennuis avec la Cinémathèque Française. Ceux-ci ne se firent pas attendre et prirent la forme d’un coup de fil de Vincent PINEL m’annonçant d’une voix glaciale: « Vous vous êtes grillé à vie avec la Cinémathèque Française, je ne veux plus entendre parler de vous Monsieur BOMPOINT ! ».

Bien qu’ayant l’impression d’avoir pour mon avenir professionnel, commis une gaffe monstrueuse, je partais en vacances l’esprit soulagé d’avoir dit la vérité à Luce et à Françoise. D’Espagne, j’écrivais une longue lettre à Luce, lui relatant de mémoire tous les plans et les sons que j’avais eu le bonheur de découvrir. Luce me rappela lorsque je fus rentré pour me dire qu’il fallait laisser parler les gens et que le temps arrangerait un jour les choses… Ses paroles me rassurèrent, mais je restais persuadé que j’étais définitivement banni de l’enceinte de la Cinémathèque Française. Chose difficile à admettre pour un jeune cinéaste…

RÉDEMPTION

Décembre 1989, je termine la réalisation d’un dessin animé publicitaire pour l’EDF. Au studio, le téléphone sonne. Un certain Michel SCHMIDT, de chez GAUMONT demande à me parler… Il s’occupe entre autres du catalogue FRANFILMDIS que GAUMONT a racheté à Henri BEAUVAIS. Dans ce catalogue, un film parmi tant d’autres: « l’Atalante ».

GAUMONT, qui est le producteur originel du film, a décidé de restaurer ce long-métrage afin de le présenter à la séance d’ouverture de la journée du film restauré au Festival de Cannes 1990. « Luce VIGO m’a dit que vous étiez tout indiqué pour ce genre de travail, êtes vous intéressé de collaborer avec nous ? » me demanda SCHMIDT d’une voix chaleureuse… Deux heures plus tard, je me retrouvais dans les luxueux locaux de GAUMONT, à Neuilly sur Seine. Là, Michel SCHMIDT m’accueille avec un grand sourire en m’expliquant que Luce lui avait tout raconté à mon sujet concernant le malheureux incident du Palais de Chaillot. A présent les ennuis étaient terminés: j’étais choisi avec Pierre PHILIPPE, conjointement par GAUMONT et Luce VIGO, afin que nous dirigions officiellement la restauration de « l’Atalante ».

Je n’osais y croire tant la surprise était de taille. Le rêve devenait réalité et le contrat fut signé dans l’heure. Restait à se mettre au travail.

La première chose fut de remercier chaleureusement Luce VIGO pour m’accorder un tel honneur et une telle confiance.

Ensuite, je partis à la rencontre de Pierre PHILIPPE, auteur, réalisateur, critique cinématographique et spécialiste de l’histoire du film ancien. Le premier contact eut lieu chez moi en compagnie de Luce. Je fus immédiatement impressionné par la personnalité de Pierre PHILIPPE, personnage érudit, plein d’humour grinçant et résolument hautain devant le commun des mortels, caste où j’avais le malheur d’appartenir à ses yeux. Cela m’inquiéta quelque peu mais je restais persuadé que nous allions faire connaissance et que d’ici quelques jours, la glace serait rompue.

GAUMONT avait installé le Q.G. de « l’Atalante » au sein de sa cinémathèque à Joinville le Pont , dans les ex-studios PATHE, à côté des légendaires laboratoires GTC. J’adore ce lieu, il transpire le cinématographe. La poésie de ses bâtiments remplis de bobines et de machines infernales, couronnés par la cheminée géante des labos, me font dire que cette place a vraiment quelque chose de magique et d’intemporel. C’est vraiment l’endroit idéal pour travailler la pellicule. Là, je fis la connaissance des monteuses négatif des actualités GAUMONT, de Manuela PADOAN qui allait assurer le suivi commercial et administratif du film et de Laure FORESTIER, qui dirigeait le lieu. A quelques mètres de là, GAUMONT nous avait loué une salle de montage ultramoderne au sein des AUDI de JOINVILLE. Le visionnage des rushes et éléments originaux en nitrate inflammable se ferait chez GAUMONT sur table spéciale, et le montage définitif dans notre salle des audi. Il y avait également un laboratoire photographique à notre disposition équipé d’un appareil à reproduire et à agrandir les photogrammes 35m/m.

J’avais obtenu de GAUMONT d’être le chef-monteur du film. Nous étions le 3 janvier 1990 et pouvions commencer à travailler.

Dita Parlo, Jean Vigo et Boris Kaufman – (c) – D.R

INVENTAIRE, PARTAGE DU TRAVAIL ET ENQUETE SUR LE PASSE

D’un commun accord avec Pierre PHILIPPE, nous décidâmes de visionner TOUTES les copies existantes du film de VIGO, afin de vérifier si l’on pouvait retrouver un quelconque élément oublié et de choisir la meilleure qualité pour la production du nouveau master.

Comme chacun le sait, il y a eu quatre versions de « l’Atalante » présentées au public: une première version montée par Louis CHAVANCE selon les souhaits de VIGO en 1934, qui a été refusée par GAUMONT FRANCO FILM AUBERT et qui a été remaniée par le même CHAVANCE sous un nouveau titre: LE CHALAND QUI PASSE . Dans cette version, la musique de Maurice JAUBERT a été tronquée au profit d’une mélodie en vogue à l’époque, intitulée comme le nouveau titre du film et composée par C.A BIXIO. De nombreux plans ont été élagués et le film ne durait plus que 65mn au lieu des 84 originelles. En 1940, Henri BEAUVAIS qui dirige FRANFILMDIS, rachète le catalogue GFFA et par souci d’authenticité, tente de redistribuer le film sous son titre original en replaçant du mieux qu’il a pu la musique de JAUBERT et les plans qu’il avait fait couper par souci commercial lorsqu’il était actionnaire chez GAUMONT en 1934. Mais le négatif de cette nouvelle copie a été détruit pendant la guerre. Ce n’est qu’en 1950 que La Cinémathèque Française réitère l’opération et offre à nouveau au public une copie de « l’Atalante » dont la qualité technique est exécrable.

C’est à partir de cette version « officiellement reconnue comme la plus fidèle à l’esprit de VIGO » que nous avons, avec Pierre PHILIPPE, décidé de travailler afin de combler les vides et restituer l’oeuvre dans son intégralité. Nous avons donc visionné un nombre incalculable d’ « Atalantes » et de « Chalands qui passent ».

Le plus petit mètre de positif, de négatif, de lavande, de contretype et de son optique sont passés au crible. Nous notifions très soigneusement les références des éléments de qualité qui allaient constituer la facture du nouveau négatif du film restauré.

Puis nous nous sommes répartis les tâches urgentes à accomplir avant de commencer la restauration physique du film.

Pierre PHILIPPE allait faire une enquête afin de retrouver tous les survivants du film pour y glaner quelque secret oublié et j’allais de mon côté, établir un relevé plan par plan, image par image, son par son, de tous les problèmes techniques et esthétiques à résoudre pour la version de 1950.

Comme élément de comparaison j’utilisais le premier découpage de VIGO, publié dans l’ouvrage de Pierre LHERMINIER: Jean VIGO, Oeuvre de Cinéma.

Au bout d’un mois de travail, j’avais achevé un rapport complet des 459 plans du film tenant sur 92 pages. Ce document, qui établissait un cahier des charges, allait nous être utile durant toutes les opérations à venir.

De son côté, Pierre PHILIPPE avait retrouvé la trace de Charles GOLDBLATT , ami intime de VIGO et parolier des chansons du film, Pierre MERLE, assistant de Jean VIGO, Henri STORCK, ami intime et assistant de VIGO, Jacqueline MORLAND – CARDON, script-girl du film, Pierre CHAVANCE , le fils du monteur originel, Claude AVELINE, exécuteur testamentaire de Jean VIGO et Jean DASTE , comédien. Par ailleurs, j’avais réussi à rentrer en contact avec Jean-Paul ALPHEN, assistant opérateur de Boris KAUFMAN et Marie DEA qui fut mariée à Fred MATTER, script-boy du film.

Armés d’un magnétophone et parfois d’une caméra, nous sommes allés recueillir les souvenirs de tous les collaborateurs de VIGO présents sur le tournage ou le montage de « l’Atalante ». Dans la majeure partie des cas, Pierre PHILIPPE menait les débats, fouillant dans la mémoire de ses interlocuteurs avec une précision et une obstination diaboliques. Malheureusement, il était difficile d’obtenir, 56 ans après, des renseignements dont la vérité avait été déformée involontairement par le passé. Un seul dénominateur commun reste l’ambiance du tournage qui s’est vraisemblablement déroulé dans l’euphorie générale malgré le froid persistant et la santé précaire de VIGO durant le dur hiver 1933. Malgré tout, ces gens gardaient un souvenir excellent des prises de vues et étaient loin de s’imaginer à l’époque, qu’ils participaient à l’élaboration de l’un des plus grands chefs-d’oeuvre de l’histoire du cinéma. Tout le monde avait peu ou prou le même âge et l’insouciance comme la bonne humeur chronique étaient de rigueur sur le plateau.

Au fur et à mesure que j’avançais dans l’analyse image par image du film, je découvrais dans la scène de la poursuite du voleur de sac que l’un des figurants qui jouait un poursuivant, ressemblait étrangement à Paul GRIMAULT, grand maître du dessin animé Français. Je téléphonais immédiatement à l’intéressé qui me reçut dans ses studios de la rue Bobillot à Paris en m’expliquant que Jacques-Louis NOUNEZ, commanditaire du film, n’était pas favorable au tournage de la scène du voleur et qu’il n’était pas question de débourser un seul centime pour la mettre sur pied, craignant les foudres de la censure. VIGO décida donc avec son équipe de tourner la scène en cachette, la nuit, gare d’Orléans, avec des chutes de pellicule, une caméra muette et portable (DEBRIE-PARVO « L ») et l’aide de quelques copains dont les plus célèbres s’appelaient Pierre PREVERT (qui jouait le rôle du client pressé), Lou TCHIMOUKOV , et Paul GRIMAULT . Malgré l’ambiance clandestine des prises de vues, la police fut intriguée par le manège et fut bientôt sur les lieux.

PREVERT et ses amis créèrent une véritable diversion en expliquant à la maréchaussée l’influence des rayons infrarouge sur la pellicule cinématographique en prise de vues nocturne ! VIGO avait gagné son pari et put tourner sa scène comme il l’entendait grâce à l’aide bénévole de quelques uns de ses amis et à la bénédiction des agents de ville.

Notre restauration avançait, nous avions contacté toutes les cinémathèques Européennes afin de récupérer les copies existantes du film de VIGO, ainsi la Cinémathèque Royale de Belgique nous fut d’un grand secours. Nous désirions également avoir l’aide de Freddy BUACHE de la Cinémathèque Suisse, malheureusement pour nous, BUACHE était visiblement irrité de n’être pas associé directement à l’opération et se refusa à toute collaboration, prétextant qu’il n’avait absolument rien à nous communiquer… Il en fut de même pour Claude AVELINE.

Pendant que je travaillais à la reconstitution de la bande image, Pierre PHILIPPE travaillait au documentaire de la présentation du film que lui avait commandé GAUMONT pour l’occasion. Ainsi, j’eus le bonheur d’aller filmer Jean DASTE dans sa maison de La Tour en Jarez et le plaisir d’effectuer toutes les prises de vues additionnelles, puisque j’avais été désigné comme chef-opérateur de ce court-métrage par Pierre PHILIPPE. L’équipe de ce prologue avait été renforcée par la présence de Fred WORMSER, assistant opérateur et de Vartan KARAKEUSIAN à la prise de son, qui fut pendant de longues années le recorder des films de Jean GABIN dans la deuxième partie de sa carrière.

Également, le remontage de L’ATALANTE devenant de plus en plus complexe, je demandais à mon assistant, Thierry TRELLUYER, de venir grossir les rangs de la troupe.

Les rapports avec GAUMONT étaient excellents, « la grande maison », comme l’appelait Pierre PHILIPPE, avait décidé de tout mettre en oeuvre pour que cette restauration soit une réussite complète. Michel SCHMIDT passait nous voir une fois par semaine afin de constater comment le travail et les recherches avançaient. Avec lui, tout était possible dès qu’il s’agissait d’améliorer la qualité du film.

Jamais je n’avais connu auparavant des conditions de travail aussi agréables.

Dans ce climat, les choses avançaient forcément vite et bien.

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1990 – Histoire d’une restauration par Jean-Louis BOMPOINT (partie2)

 » L’ATALANTE  »
HISTOIRE D’UNE RESTAURATION ( seconde partie)
par Jean-Louis Bompoint

Tous droits réservés (c)

Retrouvez la partie 1 ici.

COMMENT UNE PENICHE ARRIVE À TRAVERSER LA MANCHE…

Le travail avançait de manière satisfaisante, mais avec Pierre PHILIPPE, nous constations avec un peu d’amertume que ne nous ne réussirions pas à reconstituer le film dans son intégralité: beaucoup de plans et de sons manquaient encore à l’appel. Cette défection devenait de plus en plus cruelle lorsqu’il nous manquait une vingtaine d’images ou une bribe de phrase pour restaurer tel ou tel plan. Inlassablement nous relisions nos notes, cherchions encore la bobine introuvable, le plan mythique où Michel SIMON enfonce une cigarette dans son nombril (nous avions l’image, mais toujours pas le son !)… En vain.

Je relus pour la énième fois l’ouvrage de P.E SALES GOMES entre les lignes afin de trouver une solution à notre problème, lorsque mes yeux s’illuminèrent à la page 215 de la nouvelle édition:

Il ne nous a pas été donné de suivre le travail d’exécution technique de la nouvelle version réalisée par les soins de la Cinémathèque Française, mais en voyant le résultat final, on constate qu’il ne manque pas d’intérêt.

Toutefois, quand on a déclaré à la presse Parisienne, à l’occasion du Festival d’Antibes en 1950, ou au congrès de la Fédération Internationale des Archives du Film, à Cambridge en 1951, que la version originale de l’Atalante avait été reconstituée, il s’agissait comme à Bruxelles en 1934, d’une exagération.

En tous cas, bien qu’une reconstitution de la version originale soit désormais difficile, un progrès a été réalisé et d’autres sont toujours possibles.

Déjà, le fait qu’il existait à Londres dès 1934, une copie du film conservant le titre original, remplit d’espoir les admirateurs de Jean VIGO. L’oeuvre de VIGO arriva en Angleterre dès 1934, avec la projection à peu près simultanée, à Londres – en automne de cette année- de l’Atalante dans un cinéma commercial et de ZÉRO DE CONDUITE dans un ciné-club. (…) Il n’y est pas question de CHALAND QUI PASSE, mais bien d’ATALANTE comme titre. Peut être GAUMONT, doutant des charmes de la chanson de BIXIO sur le public Anglais, avait-il décidé de lui envoyer la version du Palais Rochechouart.

(IN: « Jean VIGO » par P.E SALES GOMES – Editions Ramsay Poche Cinéma).

– « N’y pensez pas ! », me dit Pierre PHILIPPE, « Cette copie doit être morte et enterrée depuis belle lurette… ». Cependant je n’étais pas convaincu et l’idée de cette copie existant peut être, allait jusqu’à troubler mon sommeil… Imaginons un seul instant que nous finissions notre restauration comme convenu et qu’une copie impeccable du film nous nargue de sa perfection dans les brumes Londoniennes, depuis 1934. Ce serait trop bête!

C’est en ces termes que je réussis à convaincre Michel SCHMIDT de m’envoyer à Londres afin de mener une petite enquête auprès des NATIONAL FILM ARCHIVES et du BRITISH FILM INSTITUTE. Pierre PHILIPPE ne pouvant pas m’accompagner, il préparait à l’époque un magazine télévisé avec Christine OCKRENT, je m’envolais donc seul pour l’Angleterre le 2O février 1990.

On ne peut pas dire qu’arrivé aux superbes locaux du BFI de Berkhamsted, l’accueil soit particulièrement chaleureux de la part de ses occupants. « Nous n’aimons pas beaucoup divulguer nos secrets, ici », me dit on clairement pendant que l’on m’enfilait blouse et gants blancs, uniforme obligatoire des lieux.

Muni d’un laisser passer spécial, on m’adjoint un chaperon: Peter FAIRBROTHER, afin qu’il surveille mes faits et gestes dans la maison. Peter était rentré au BFI parhasard et n’entendait rien au cinéma. Il venait en fait du nord de l’Angleterre où il s’occupait des chevaux qui tiraient les chariots de charbon dans les mines. Ayant perdu son emploi à la fermeture définitive des mines, le gouvernement l’avait replacé au service de vérification du BFI. Nous sympathisâmes immédiatement. Il trouvait complètement idiot qu’un Français traverse la Manche pour partir à la recherche de vieux bouts de pellicule et cela l’amusait énormément de me voir pester à la vision d’horribles copies de l’Atalante que David PETERSON et Kevin PATTON avaient sélectionné pour moi.

J’examinais diverses versions (dont certaines étaient sous-titrées) de 1944, 1945, 1946, mais ne trouvais toujours pas mon oiseau rare et commençais à me dire que Pierre PHILIPPE n’avait pas tort. Dans un dernier sursaut, je dis à Peter qu’il me fallait retrouver cette copie de 1934. D’un air entendu et le doigt sur sa bouche, m’invitant à la plus totale discrétion, il m’emmena dans une chambre froide située au sous sol de l’établissement et me dit devant la porte blindée qui était fermée: -« Il faut que tu demandes à ce que l’on t’emmène là-dedans, c’est plein de vieux trucs dans des boîtes toutes rouillées qui explosent de temps en temps, je parie que ce que tu cherches est dans ce bazar… Mais ne dis pas que c’est moi qui te l’ai dit… ».

Fort de ce conseil, je demande à Tony SCOTT, Préservation Officer du BFI, de visiter cette caverne d’Ali-Baba… Après un mouvement de surprise, l’autorisation fut accordée et j’entrais dans le Saint des Saints du BFI. Après une demi-heure de recherches, Peter, qui m’avait accompagné et commençait à se piquer au jeu me dit: – « Hey, Man ! I’ve got an ATALANTE… Eight rolls ! Number is… 1957 H ». Vu le numéro et pensant qu’il s’agissait de l’année de tirage, je mis les huit boîtes rouillées de côté et invitait Peter à reprendre nos recherches. A la fin de la matinée nous n’avions rien retrouvé de supplémentaire et remontions avec les huit bobines de la copie #1957 H.

Nous ouvrons les boîtes avec précaution et regardons à l’intérieur les fiches qui dataient du temps où John GRIERSON dirigeait encore le BFI. Apparemment, ces bobines n’avaient pas été visionnées depuis 1940… Fébrilement je déroulais quelques mètres de pellicule: c’était du film nitrate, donc de fabrication antérieure à 1952, date de l’apparition du support ininflammable. Puis, je tâchais de rechercher entre le bord du film et les perforations, les petits signes cabalistiques instaurés par George EASTMAN, qui indiquent l’année de fabrication de l’émulsion. Enfin je peux voir un « plus » et un « point noir » inscrits côte à côte…

– « 1934! My dear one ! », s’esclaffa Peter avec un large sourire. Cette fois ci, l’émotion était grande, toutes les personnes qui étaient autour de nous commencèrent à se rapprocher du trésor repêché et David PETERSON vint nous rejoindre. Après examen des bobines, il nous déclara sa stupéfaction dans la mesure où cette copie #1957 H n’avait jamais été répertoriée dans les fichiers du BFI.

Quelques minutes plus tard, alors que nous visionnions la première bobine sur une table de montage acceptant le film flamme, je poussais un cri de joie: la copie hypothétique envoyée à Londres en 1934 et évoquée par SALES GOMES était retrouvée ! Je faxais immédiatement à Paris: Londres le: 22/02/90 Le voyage n’aura pas été inutile. Je viens de mettre la main sur une copie de l’Atalante en quasi parfait état datant de 1934 !

Si le BFI accepte (mais cela n’a pas l’air facile) , de nous prêter le matériel, nous allons pouvoir, avec les éléments que nous avons, reconstituer le montage voulu par VIGO à 98%.

Vu l’importance de la découverte, cela va changer radicalement notre plan de travail. Si je puis me permettre une opinion, le mieux serait que vous obteniez du BFI, l’autorisation de rapatrier cette copie immédiatement et que nous fassions tirer un négatif (image & son) afin d’avoir un master en film de sécurité. A présent, nous ne pouvons continuer la restauration de l’Atalante si nous n’obtenons pas cette copie (…) Cela, David PETERSON l’avait bien compris, l’honneur du BFI était en jeu.

– « Quand je pense… », me dit-il, « …Que lorsque nous projetions l’Atalante pour des manifestations de prestige, nous demandions à GAUMONT de nous envoyer leur meilleure copie et que nous ne savions pas que ces bobines étaient là, j’en suis malade !.. ».

Informé de la découverte, Tony SCOTT arriva sur les lieux et me déclara qu’il était formellement interdit par la loi Britannique de sortir un quelconque élément cinématographique appartenant au BFI. Je me récriais, ces bobines n’appartenaient pas au BFI mais bel et bien à GAUMONT ! – « Cela, il faudrait arriver à le prouver Monsieur BOMPOINT… » me dit SCOTT d’un air narquois. Je tentais d’expliquer la supposition de SALES GOMES qui m’avait donné l’idée d’aller visiter le BFI, rien n’y fit. Le film ne sortirait pas d’ici.

Il me vint alors une idée. Je savais que les débuts et les fins de bobines de 300 mètres d’un film en exploitation commerciale étaient à l’époque marqués par un poinçon gaufré aux armes de la maison de production. Je pris l’une des huit bobines au hasard, vérifia, puis invitai Tony SCOTT à venir constater de visu, à travers une loupe, que les poinçons étaient bien présents, marqués aux initiales de la GAUMONT FRANCO FILM AUBERT.

Le rapatriement du film à la maison mère ne faisait désormais plus de doute. – « OK ! You win. », me dit Tony SCOTT fair-play.

A nouveau je faxais chez GAUMONT: Londres, le: 23/02/90 Je viens d’examiner la copie #1957 H très attentivement. Il s’agit d’une copie poinçonnée aux armes de la GFFA qui est très vraisemblablement le tout premier montage de Louis CHAVANCE . Cette copie contient un grand nombre de plans étonnants et inédits. Curieusement, le plan d’avion n’est pas inclus dans cette version. La qualité de l’image est excellente; quant au son, c’est le meilleur que je n’ai jamais entendu. Cependant, il y a quelques coupes image/son dans quelques plans. Par bonheur nous avons à Paris ces plans en parfait état. Il y a quelques rayures aussi…

C’est donc avec cette copie 1957 H, plus nos inédits de la Cinémathèque Française que nous allons pouvoir reconstituer une version quasi-intégrale de l’Atalante. (…) Est-ce que Monsieur SCHMIDT pourrait appeler officiellement le BFI pour régler les problèmes de douane. Ici , les Anglais sont très sceptiques sur le fait de pouvoir sortir 8 bobines de 300 mètres de film flamme sans problèmes importants. De plus, ils ont des problèmes de conditionnement. Je leur ai bien parlé des boîtes étanches en plastique comme nous en avons aux Archives du film, mais ils ne connaissent pas ce système. (…) Le BFI va faire tirer lundi un élément de sécurité de la copie nitrate. C’est seulement après ce tirage que nous pourrons jouir de l’original. (…)

Je restais à Londres quelques jours supplémentaires. GAUMONT avait décidé que je revienne avec un négatif combiné de sécurité, tiré par les soins des laboratoires du BFI, d’où nous obtiendrons un positif à Paris afin qu’il nous serve de copie travail pour la restauration finale. Cette copie travail montée, sera conformée avec les autres éléments en notre possession et le nouveau négatif de la copie #1957 H. Seul l’original nitrate positif voyagera par transporteur spécial afin d’établir un nouveau négatif pour GAUMONT et un transfert digital du son optique original pour le STUDIO RAMSES afin d’être restauré.

Je visitais également le département photographique des NATIONAL FILM ARCHIVES et ramenais à Paris quelques photographies du tournage de L’ATALANTE que nous n’avions plus en France. Pendant que les opérations de laboratoire se déroulaient dans les locaux du BFI à Berkhamsted, j’eus la surprise de rencontrer Michelle AUBERT, Directrice des ARCHIVES DU FILM de Bois d’Arcy et Jean-Pierre NEYRAC qui assistaient à un congrès sur la conservation des films anciens. Tous deux me promirent leur soutien complet pour la remise à flots de l’Atalante.

Je rentrais à Paris, heureux, les bobines sous le bras.

L’ATALANTE FAIT PEAU NEUVE

À présent, nous avions tous les éléments pour travailler physiquement sur la restauration du film. Je commençais à tailler gaillardement dans la pellicule et dans les sons, aidé pour l’occasion par Fred WORMSER et Thierry TRELLUYER. Toujours absorbé par la préparation de son magazine d’information et par des travaux de restauration de films muets demandés par GAUMONT, Pierre PHILIPPE, passait nous voir, une ou deux heures, deux fois par semaine, afin de se tenir au courant de l’évolution des opérations et visionnait le travail achevé.

Voir les notes de restauration bobine par bobine de Jean-Louis Bompoint.

Toutes ces opérations effectuées, je pouvais considérer que le film était restauré dans son intégralité selon les souhaits de Jean VIGO.

L’expérience avait été troublante; à 29 ans et 56 ans plus tard, j’étais amené à remonter le film d’un garçon qui avait le même âge que moi et que je n’avais pas eu l’honneur (et sûrement la joie) de connaître.

Extrêmement troublé par ce curieux hasard, je demandais à GAUMONT de faire un « break » de 10 jours pour les vacances de Pâques, tant j’étais physiquement et moralement épuisé. Le fait de me retrouver seul la nuit, en plein hiver, dans les studios de Joinville, alors que tout le monde dormait, devant les rushes de l’Atalante, en entendant sur la bande son la voix de VIGO, vivant, toussant, pestant contre le retard ou ses comédiens, sa mort me semblait être une profonde injustice. Je me disais souvent que si FLEMING avait eu le bonheur d’inventer la pénicilline en 1934 plutôt qu’en 1935, Jean VIGO aurait réalisé tout un tas de films et restaurerait seul L’ATALANTE aujourd’hui. Entendre également les commentaires ou les rires de Boris KAUFMAN , Louis LEFEBVRE , et Jean DASTE , pour ne citer qu’eux, me troublèrent profondément. J’étais tellement plongé dans l’atmosphère du film que je ne savais plus si nous étions en 1934 ou en 1990 lorsque je traversais les ruelles du studio de Joinville , lieu intemporel si il en est…

Afin de regagner mon auto et rentrer chez moi. J’étais triste et frustré lorsque la fin d’une bobine de rushes me coupait l’aboiement d’un chien dans le lointain ou la parole de VIGO en train de converser avec ses comédiens et que le manque de pellicule tranchait à jamais la fin de la phrase qu’il avait commencé… Il m’arrivait même de pleurer bêtement en me disant que toutes ces voix étaient désormais enterrées par le passé et le triste sort de la fatalité, ou vieillies et déformées par les années lorsque j’eus la chance de rencontrer les « survivants » du film…

Plus grave encore, tout film qu’il m’était donné de voir était dans mon esprit mis en comparaison avec la perfection poétique de l’Atalante et perdait tout son intérêt à mes yeux.

J’atteins le seuil de la dépression lorsque je me dis que je ne pouvais plus créer de films étant donné que tout avait été dit avec VIGO. Il était temps que je prenne un sérieux recul face à tout cela.

Je partis donc pour New-York sur les conseils de plusieurs amis, afin de rencontrer mon Maître de musique: Lionel HAMPTON et tourner un court-métrage sur la musique de jazz que Claude COPIN avait eu l’amitié de me produire. Le voyage et le dépaysement furent merveilleux dans la mesure où c’était la première fois que je découvrais les États-Unis, mais l’Atalante me manquait viscéralement. De temps en temps, GAUMONT me téléphonait afin de retrouver telle ou telle bobine pour visionner en mon absence un élément demandé par Pierre PHILIPPE, qui, ayant été trop absent, ne savait plus comment les choses avançaient…

Il était temps de rentrer et mon premier geste en arrivant à Paris, fût de me rendre directement dans ma salle de montage, retrouver mes chères bobines.

C’est là que mes rapports avec Pierre PHILIPPE s’envenimèrent.

Trop absorbé par ses travaux extérieurs et la pièce de théâtre, dont il était l’auteur, qu’il présentait à Paris, visiblement accablé par des problèmes personnels dont je n’évaluais pas la teneur, il avait complètement quitté le navire et ne revint le rejoindre que pour achever, seul et fébrilement, le court-métrage de présentation, (dont il assurait l’écriture et la diction), devant servir de lever de rideau à notre restauration. Il me dit cependant qu’il fallait que « nous nous tenions la main » devant les journalistes et nos futurs interlocuteurs en déclarant que notre travail avait été une « collaboration commune de tous les instants ». Bien entendu j’acceptais de bonne grâce et jouais le jeu dès nos premières interviews.

La BBC vint nous rendre visite. Elle effectua par le biais de ses cameras et la complicité de David THOMPSON un compte rendu de notre travail. Déjà dans la presse Française, on laissait entendre que la nouvelle version de l’Atalante s’annonçait comme une réussite. Nous étions prêts pour le Festival de Cannes. Pierre PHILIPPE déclarait à qui voulait bien l’entendre qu’il ne serait pas présent sur la croisette…

La « preview » eut lieu chez GAUMONT à Neuilly avec toute l’équipe de la restauration, des journalistes, Pierre MERLE, Charles GOLDBLATT, Luce VIGO, Emile BRETON, Pierre ETAIX et quelques invités triés sur le volet. Michel SCHMIDT, Gilles VEHNARD et Martine OFFROY étaient enchantés de la restauration. Ils nous félicitèrent chaleureusement et nous invitèrent à Cannes afin de fêter dignement l’événement en compagnie de Luce VIGO. Avant de partir et que Pierre PHILIPPE ne se décide au dernier moment de venir grossir les rangs sur la Côte d’Azur, il y eut une projection de presse à Neuilly.

C’est là et au cours de nombreuses interviews données à l’issue de la présentation que Pierre commença à faire cavalier seul en attribuant à son seul mérite la restauration complète de l’Atalante. S’étant attiré les faveurs diplomatiques de Gabrielle MAIRESSE, attachée de presse chez GAUMONT, Pierre PHILIPPE se débrouilla astucieusement pour m’évincer à chaque fois qu’un interlocuteur intéressant se proposait de nous rencontrer.

Les choses s’aggravèrent sur la croisette et mes rapports avec Pierre devenaient tellement orageux que je décidais intérieurement de rentrer à Paris sitôt le film présenté à Cannes, trop écoeuré par la situation.

Je dois avouer que j’ai énormément souffert de cette trahison doublée d’injustice, ayant toujours eu pour Pierre PHILIPPE un grand respect, voire une certaine admiration…

L’ATALANTE ACCOSTE À CANNES ET REPART VISITER LE GLOBE

La présentation eut lieu au Palais des Festivals dans des conditions de projection étonnantes de qualité.

La veille nous avions visité les lieux et rencontré les projectionnistes afin de régler de manière optimale l’image et le son dans la salle. Il y eut deux représentations ce 14 mai 1990, journée Mondiale du film restauré, sous le haut patronage de Martin SCORCESE et Isabella ROSSELINI.

A la fin de la première projection, Freddy BUACHE criait tout fort: « C’est une bonne copie de l’Atalante, mais ce n’est pas la meilleure… ». Malgré tout, ces deux projections furent couronnées d’applaudissements nourris et chaleureux.

Il y eut ensuite une conférence de presse/débat sur la restauration des films dans le monde et la remise du Prix Rossellini. Étaient présents Martin SCORCESE, Isabella ROSSELINI, Nicolas SEYDOUX et Jean ROUCH pour ne citer qu’eux. Ce fut une piteuse mascarade menée au désastre par Isabella ROSELLINI, plus préoccupée par son ego que par les films en voie de disparition. Seuls Jean ROUCH et Nicolas SEYDOUX sortirent le débat de la médiocrité avec la complicité de Michelle AUBERT en faisant remarquer à l’assistance que les propositions de restauration énoncées par ROSSELINI & SCORCESE étaient mises en pratique depuis bien longtemps en France ! Perdant du terrain, la belle Isabella coupa court au débat et fit une sortie remarquée au milieu des photographes qui s’en donnèrent à coeur joie.

Un dîner somptueux fut donné au CARLTON, (que Pierre PHILIPPE bouda en raison de ma présence), en compagnie de Luce VIGO et toute la direction de chez GAUMONT réunis à la même table. Le lendemain, je décidais d’écourter mon séjour et m’envolais pour Paris.

Ma mission était terminée.

Bientôt l’Atalante allait voguer dans les salles du monde entier pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles et du public le plus large. Cette restauration ne fut pas facile dans bien des domaines, mais seul le résultat compte. L’essentiel est de constater qu’à présent, l’oeuvre de Jean VIGO rétablie dans son intégralité, pourra séduire longtemps encore des générations de spectateurs.

J’ai été très honoré de participer à cette renaissance.

 » Heureuse vie à bord de L’ATALANTE ! « 

Paris, 8 septembre 1993 © JL.BOMPOINT


Reproduction Interdite sans accord préalable de l’auteur

Retrouvez la partie 3 abordant la seconde restauration de l’Atalante en 2001 en cliquant ici.


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1990 – Revue de presse pour la restauration de l’Atalante (1990)

L'affiche de l'Atalante dessiné par Michel Gondry

« (…) Cette restauration est ainsi exemplaire car, plutôt que d’éclaircir un film et d’y mettre de l’ordre, elle l’introduit au contraire dans son propre trouble, restitue sa complexité, comme si, en définitive, la caméra explorait l’esprit fiévreux d’un jeune homme en proie aux doutes, Jean Vigo, mort à vingt-neuf ans le 5 octobre 1934. »
Antoine de Baecque, Cahiers du cinéma, n°434, juillet-août 1990, p. p. 50-51.

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« (…) C’est ce dimanche 13 mai  1990 que le film maudit vient de renaître dans toute sa beauté, son originalité d’écriture, son réalisme social et poétique, son exaltation de l’amour fou, son aspect onirique, son esprit anarchiste, son rythme narratif auquel s’accorde la musique de Maurice Jaubert, qui a parfois des accents à la Kurt Weill, et ses merveilleux interprètes  : Dita Parlo, Jean Dasté, Michel Simon,  Gilles Margaritis… Un choc, un éblouissement, même pour les cinéphiles. Et pour celle qui, à peine plus âgée que le film, se tenait, les larmes aux yeux, à la sortie de la salle : Luce Vigo, fille de Jean. »
J(acques) S(iclier), Le Monde, 15 mai 1990.

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« (…) Il aura donc fallu attendre cinquante-cinq ans cette résurrection d’une œuvre maîtresse du cinéma, qui retrouve sous nos yeux sa respiration, son ampleur, ses vraies tensions et ses vrais repos. Je m’étonne que l’évènement ne fasse pas plus de bruit. Il est vrai que la postérité au travail a tout le temps devant elle. Je vous fiche mon billet, en tout cas, que, d’ici cent ans, le négatif de  L’Atalante  atteindra dans une vente aux enchères la somme astronomique que l’on paye aujourd’hui pour une toile de Van Gogh. »
Claude-Jean Philippe, France-soir, 31 mai 1990.

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« (…) C’est donc un film entièrement rénové que le spectateur contemporain découvre. Celui qu’avait imaginé Vigo ? On ne le saura jamais et, personnellement j’en doute quant à quelques plans (pourquoi avoir gommé les incertitudes de celui de la fin, témoignage tragique de l’accident d’avion qui a failli coûter la vie à l’équipe ?). Mais, pour l’essentiel, les nouvelles générations vont se mettre sous la dent, au sein des meilleures conditions possibles, un film d’artisan génialement inspiré, qui fait fi de toutes les lois de la pesanteur pour inventer une forme de représentation qui n’appartient qu’à lui. »
Jean Roy, L’Humanité, 2 juin 1990.

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« (…) L’Atalante est, en toute simplicité, un chef-d’œuvre. Même les paroles de la chanson, écrite par Charles Goldblatt (qui joue le pickpocket dans le film), restent en mémoire : « Les couteaux d’table / Aux reflets changeants / Sont inoxydables / Éternellement. » La résurrection de L’Atalante est, bien sûr, un miracle. Pierre Philippe : « Retrouver certaines scènes a été, pour nous, comme l’apparition de la Vierge dans le pilier de Notre-Dame pour Claudel. »
F(rançois) F(orestier), L’Express, 4 mai 1990.

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« (…) Rayonnant d’humour et d’amour, d’images poétiques et réalistes sans cesse entremêlées, ce chef-d’œuvre vient à point tenir ici le rôle de témoin des efforts menés désormais dans plusieurs pays pour la conservation et la restauration des films menacés de perdition. »
Jeanine Baron, Le Quotidien de Paris, 16 mai 1990.

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« (…) Insubmersible, L’Atalante revient aujourd’hui par la grande porte du festival de Cannes (qui l’a présenté dimanche dans le cadre de la journée de sauvetage et de conservation des films) dans sa version quasi originale : deux cinéphiles ont, patiemment, recollé les morceaux en fouillant dans les archives de  la société Gaumont. On découvre des scènes jusque-là inédites, comme celle où Michel Simon fume une cigarette… avec son nombril… Ressuscitée, « L’Atalante » toute neuve est depuis le 23 mai sur les écrans. Il ne faut pas la manquer. »
Anonyme, Les Échos, 28 mai 1990.

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«  L’Atalante  est un des plus beaux films du monde. On n’en connaissait que des copies misérables, au montage bizarrement remanié, encombrées d’une chanson (Le chaland qui passe) qui prenait abusivement la place de la belle partition de Maurice Jaubert. La Cinémathèque Gaumont, Pierre Philippe et Jean-Louis Bompoint, à partir des éléments en leur possession (copies retrouvées, chutes, multiples états du scénario, notes de Jean Vigo, souvenirs de ses collaborateurs), ont effectué sur ce matériel un travail admirable. Il ne s’agit
pas seulement de réaliser un (indispensable et parfait) nettoyage technique destiné à rajeunir un chef-d’œuvre, mais de s’approcher le plus possible du film idéal de Jean Vigo, désormais éblouissant de jeunesse et de fraîcheur. La grande actualité poétique, aujourd’hui plus que jamais, c’est l’Atalante. »
D. (ominique) R. (abourdin), L’Évènement du jeudi, 31 mai 1990.

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2001 – La deuxième restauration de l’Atalante (partie 3)

« L’ATALANTE »
HISTOIRE D’UNE RESTAURATION ( troisième partie)
par Jean-Louis Bompoint

Tous droits réservés (c)

Retrouvez la partie 1 ici et la 2 .

2001 : « L’ATALANTE » EST À NOUVEAU RESTAURÉE !

Bien qu’ayant été ovationnée au Festival de Cannes 1990, avoir été diffusée et appréciée avec bonheur dans les salles de Cinéma du Monde entier comme à la télévision, saluée presqu’unanimement par la Presse et la Critique Internationale, la version restaurée en 1990 de « l’Atalante », a également fait des mécontents et plus particulièrement en France, où un certain nombre de fâcheux, ulcérés de n’avoir pas pu participer à la renaissance du film de VIGO, ont décidé, par un long travail de sape et des torrents de mauvaise foi, de prendre un contre-pied radical sur le travail que Pierre PHILIPPE et moi, avions effectué (en toute honnêteté, en ce qui me concerne…).

Si seulement cette action avait été menée avec bravoure et conviction pour protéger, voire corriger une quelconque trahison vis à vis de l’Œuvre de Jean VIGO, je me serais bien gardé de commenter cette croisade.

Mais que nenni ! Trop de personnes à l’heure actuelle, se servent du nom de VIGO et influencent sa Famille pour n’assouvir que leur soif de pouvoir, leur ego, leur compte en banque et leurs ambitions personnelles.

C’est pourquoi il me faut parler aujourd’hui :

Ainsi, entre 1990 et 2000, dix années de persiflages à mots couverts, d’intrigues cachées, de sous-entendus douteux et de rancœurs aussi venimeuses que mal digérées, auront été nécessaires à la CINEMATHEQUE FRANCAISE, entre-autres, et à un obscur critique, traducteur et soi-disant historien : Bernard EISENSCHITZ, (Appartenant à cette caste si particulière dont le  » métier  » consiste à commenter verbeusement et/ou à critiquer le Cinéma en vivant du travail de ceux qui le font, tout en se gardant de ne jamais approcher de près comme de loin, une caméra, de la pellicule ou une table de montage.) pour mettre au point une machination diabolique visant à mettre au panier la restauration GAUMONT ©1990 de « l’Atalante ».

À cet effet, l’énergie dépensée par les conspirateurs aura été impressionnante !
Jugez en plutôt :

Reprenant à leur compte l’efficace et parfait travail effectué par P.E. SALES-GOMES ( » JEAN VIGO  » Editions du Seuil ©1957) et Pierre LHERMINIER ( » JEAN VIGO : ŒUVRE DE CINEMA  » Editions Lherminier / Cinémathèque Française ©1985), qui restent les 2 seuls ouvrages valables écrits sur Jean VIGO, un triumvirat d’intellectuels de la plus déplorable  » gauche caviar  » qui soit : Nathalie BOURGEOIS, Bernard DENOLIEL et Stéfani de LOPPINOT a édité, (sans doute galvanisé par Alain BERGALA ?..), un ouvrage pontifiant sur « l’Atalante », avec la bénédiction de LA CINEMATHEQUE FRANCAISE et le blanchiment du PÔLE MEDITERANNEEN D’EDUCATION CINEMATOGRAPHIQUE.

Le coup est fort bien monté :

1) Il éclipse d’un seul coup le livre de Pierre LHERMINIER qui est mis aux oubliettes (La direction de la Cinémathèque ayant changé de bord depuis 1985…).
2) Il savonne la planche des Editions RAMSAY qui ont ré-édité l’ouvrage de P.E SALES GOMES.
3) Il met en place une politique qui commence à vouloir insidieusement revisiter le film restauré de VIGO.

Si l’on excepte la sincérité des textes de Luce VIGO, Emile BRETON et du merveilleux Jacques ROZIER, tout le reste n’est qu’onanisme pathologique et suffisance bourgeoise :

Mais qu’est ce que VIGO en avait à foutre de  » L’ATALANTE dans la mythologie Grecque  » ou des notes sur le tatouage, dûes à Robert DESNOS ?

Lui, VIGO, n’avait pas le temps pour tout cela.

Il avait un film à faire avec sujet imposé, un handicap à rattraper auprès de GAUMONT/GFFA et JL.NOUNEZ (cf : L’interdiction et l’échec de  » ZERO DE CONDUITE « ) il était en mauvaise santé, le savait et ne pouvait qu’agir que dans la  » fièvre de l’instant « , comme le cite si bien l’excellent Claude-Jean PHILIPPE dans son superbe documentaire consacré à Jean VIGO (ENCYCLOPEDIE AUDIOVISUELLE DU CINEMA – Seuil Audiovisuel / Cinémathèque Gaumont).

Pourquoi va-t-on encore aujourd’hui chercher des  » poils sur les œufs  » sur le travail de VIGO ?

Jean-Louis Bompoint et Jean Dasté – (c) D.R

Encore une fois, et tous les survivants du film que j’ai rencontrés en 1989/90 : Charles GOLDBLATT, Jean DASTE, Jean-Paul ALPHEN, Jacqueline MORLAND, Paul GRIMAULT, Pierre MERLE et Henri STORCK ont toujours insisté sur ce point :

VIGO et sa jeune équipe inexpérimentée n’étaient absolument pas conscients qu’ils étaient en train de créer l’un des meilleurs films de toute l’Histoire du Cinéma, en tournant « l’Atalante ».

Ils faisaient leur travail. Un point, c’est tout.

Ce qui fait dire sans hésitation que l’actuel ouvrage de la CINEMATHEQUE FRANCAISE et de ses sbires, en quête d’identité comme de reconnaissance, prêtent à VIGO comme à son œuvre, des intentions ou des métaphores qui ne lui sont vraisemblablement jamais venues à l’esprit !

N’oublions pas qu’à la fin du tournage de son long-métrage, le Gamin n’avait que 29 ans et son seul TALENT :Inouï, débordant, sincère, inexplicable…

Relisez Arthur RIMBAUD, que diable !

Alors ?.. Que se permettent d’écrire Nathalie BOURGEOIS et sa clique d’affabulateurs, brigueurs d’honneurs et soupçonnés de rêver à L’Académie Française ?
Rien qui ne ressemble, n’approche ou même n’explique clairement (puisque « l’Atalante » est désormais au programme du Baccalauréat) la Poésie pure délivrée par Jean VIGO, tout au long de son œuvre.
C’est là le drame principal de ce livre.

Bien entendu, ni les  » auteurs  » ni l’Editeur n’ont fait appel à Pierre PHILIPPE ou à moi, pour participer à cet ouvrage, même si nos noms et actions sont largement cités tout au long de celui-ci ; ce qui en dit long sur l’honnêteté des intentions et sur le courage des  » responsables « …

Reconnaissons cependant qu’il est cité en toutes lettres que c’est bien moi qui ai retrouvé la copie étalon de 1934, au BFI en 1990, alors qu’à l’époque, Pierre PHILIPPE (secondé par feu Gabrielle MAIRESSE, alors Attachée de Presse chez GAUMONT), avait usé de toute son énergie pour tenter d’étouffer la paternité de ma découverte, craignant qu’elle fasse ombrage à son ego démesuré, si connu dans la profession.

Et je serais même tenté de croire que cette  » mise au point  » a plus été effectuée pour taquiner Pierre PHILIPPE (Ah ! Les querelles de Cinémathèques…), que pour me rendre justice !

Cette anecdote de la copie étalon de « l’Atalante » retrouvée par mon obstination, 56 ans après son exportation en Angleterre, me fait dénoncer aujourd’hui l’immobilisme, la prétention et la bureaucratie poussiéreuse qui font le quotidien des gens qui vivent du Cinéma sans en faire et qui  » décident  » de ce qui doit en être fait.

Que ce soit en France ou ailleurs, des fonctionnaires incultes et carriéristes sont actuellement en place pour sauvegarder un Patrimoine qu’ils détruisent en fait jour après jour, à cause de leur seule incompétence.

Ainsi, comment peut-on imaginer que la vraie copie de « l’Atalante » de 1934 ait été retrouvée NON REPERTORIEE au BFI, alors que j’avais au préalable, visionné sur place, un tas de copies mutilées du même film et autres « CHALAND QUI PASSE », religieusement numérotées et fichées sur informatique aux frais de la Couronne comme du contribuable Britanniques ?

Que dire également de la lamentable histoire de « JOUR DE FETE » de Jacques TATI, (longtemps diffusé en N&B, faute d’avoir pu être tiré en couleurs, suite à des erreurs techniques de laboratoire et du fabricant de pellicule visant à capter le chromatisme, mais tourné originellement en couleurs en 1947), où les responsables des ARCHIVES DU FILM DE BOIS D’ARCY ont bien voulu dire à ceux qui cherchaient à retrouver 40 ans plus tard, les originaux couleur en vue d’une restauration, que le seul matériel qu’ils possédaient sur ce film était des positifs en N&B ?
En fait, les  » responsables  » ne savaient pas que le film de TATI avait été tourné sur procédé THOMSONCOLOR®, basé sur le principe d’une pellicule inversible N&B (donc positive) à émulsion gaufrée, qui provoque par un filtre spécial posé sur l’objectif, la diffraction de la lumière et des couleurs primaires qui en découlent !(Voir le brillant exposé de François EDE, dans « JOUR DE FETE », aux Editions Les Cahiers du Cinéma.)

Vous l’aurez compris : On confie des trésors à des incapables, qui en plus, croient détenir une vérité et vous l’assènent en toute quiétude !

L’Article de Libération de Juillet 2001

C’est avec ce même état d’esprit que Bernard EISENSCHITZ s’est pavané en parlant de « l’Atalante », lors du Festival de Bologne, en juillet 2001, au Journal LIBERATION dans un article paru le 9 du même mois.

Découvrant avec stupeur, les imbécillités énoncées par le Journaliste (Bernard WAINTROP) berné par son interlocuteur, j’ai demandé un droit de réponse, le 27 juillet, que je n’ai jamais obtenu :

Monsieur,

Il y a bien longtemps que je ne lis plus LIBERATION, dans la mesure où ce journal, jadis si novateur et sympathique, est devenu, à la suite de deux septennats de Socialisme douteux et sous la coupe du dévoyé Serge JULY, le chantre officiel du  » politiquement correct « , prôné en toute vulgarité par la  » fangissime gauche caviar « , à laquelle vous semblez désormais appartenir.

Il n’y a qu’à voir, par exemple, comment votre collègue Gilles RENAULT, a tenté de défenestrer le splendide long-métrage  » CONFESSION D’UN DRAGUEUR  » (Alain SORAL), actuellement sur les écrans, et qui dénonce haut et fort, les faiblesses incontournables de votre  » catégorie  » sociale.

Ainsi, c’est  » grâce  » à quelques personnes de mon entourage et respectueuses de mon travail, que j’ai pu découvrir récemment et avec effroi, la stupidité de vos écrits, fortement imprégnés de  » langue de bois « , visant à expliquer au lecteur naïf, la tragique odyssée de  » L’ATALANTE  » de Jean VIGO, à laquelle vous semblez en toute évidence, n’avoir strictement rien compris.

Vous considérant dès lors comme un criminel culturel en liberté, et faute de ne pas avoir le pouvoir de vous faire séjourner dans une maison de correction, (démocratie dévoyée oblige), je viens tout de même aujourd’hui fustiger et corriger votre patchwork d’inepties, juste dans le but sans doute improbable, de vous ramener vers un peu plus d’honnêteté ; car je finis par croire que c’est finalement à cause de gens comme vous que Miguel ALMEYREDA (Père de Jean VIGO), a été  » suicidé  » dans sa cellule.

La double vie de « l’Atalante »
Le Festival de Bologne a retracé la tumultueuse histoire du film de Jean Vigo.
Par EDOUARD WAINTROP
Le lundi 9 juillet 2001
LIBERATION

Vous pouvez lire l’article sur le site de libération à l’adresse suivante.

Défiguré. Le cinéma des années 20 ne sera pas le seul sujet d’étonnement des festivaliers. La confrontation entre l’Atalante restauré par la Gaumont au début des années 90, et la première mouture d’Un chaland qui passe, version réputée honteuse du même film, bouleverse également les idées reçues. Jean Vigo tourne l’Atalante entre la fin 1933 et le début 1934, alors qu’il est déjà rongé par la tuberculose qui va l’emporter l’été suivant.

Faux : Jean VIGO n’est pas mort de la tuberculose. Bien qu’ayant contracté cette maladie et l’ayant soignée au sanatorium de Font-Romeu, VIGO est mort, atteint de septicémie, le 5 octobre 1934.

Pendant qu’il se repose, le montage du film est assuré par Chavance, technicien émérite choisi par Gaumont Franco-Film Aubert. La société productrice se méfie en effet du réalisateur dont le Zéro de conduite vient d’être totalement interdit par la censure. En avril, Vigo visionne le travail de Chavance et donne son accord global moyennant quelques modifications de détail. Mais le film ne plaît ni aux exploitants ni à la Gaumont.

Pour ma part, j’aurais écrit :  » chez GAUMONT « , histoire de ne pas injurier la Langue Française…

Après la mort de son metteur en scène, les producteurs le font remonter, suppriment la musique originale de Maurice Jaubert et « défigurent » le chef-d’œuvre. C’est du moins ce que l’on dit.

Vous n’y êtes pas du tout !
 » L’ATALANTE  » a été remontée du vivant de Jean VIGO et contre sa volonté, en  » CHALAND QUI PASSE  » par le même Louis CHAVANCE.
Pierre MERLE : Assistant de VIGO sur le film, me l’a confirmé.
Jamais un spectateur Français n’a pu voir  » L’ATALANTE  » dans sa version originale
Il n’y a que l’Angleterre qui a bénéficié de ce privilège en 1934.
En France, le film a été uniquement distribué en exclusivité le 12 septembre 1934, au cinéma Le Colisée, 40 Avenue des Champs Elysées, à Paris, dans la version remontée sous les ordres des bouchers de GFFA, sous le titre :  » LE CHALAND QUI PASSE « .
À cette occasion et voulant montrer à VIGO, alité, comment était présentée la publicité de son film, Pierre MERLE a pris une photographie de la façade du cinéma Colisée, que vous pouvez voir reproduite à la page 201 de l’ouvrage de Pierre LHERMINIER :  » Jean Vigo – Œuvre de Cinéma  » – Editions Lherminier/La Cinémathèque Française).
Dois je vous préciser qu’en septembre 1934, Jean VIGO était encore de ce monde ?
Ainsi, je vous invite à vous documenter, avant de certifier les sombres âneries que vous avez la naïveté de signer.


Deux versions. Bâti désormais autour d’une chanson à succès, le Chaland qui passe, premier et dernier long-métrage de Vigo (3) n’obtient aucun succès. Repris en 1940, charcuté encore plus, il n’arrive toujours pas à captiver son public. Après la Libération, Henri Langlois découvre des plans coupés, commence à remonter l’œuvre. Elle est bientôt présentée sous le titre de l’Atalante mais est encore incomplète. En 1990, sur la base d’autres rushes et d’une copie retrouvée en Angleterre, et qui semble être la version du montage approuvé par Vigo lui-même, la Gaumont restaure l’Atalante. Plus tard, on retrouve en Belgique la première version du Chaland qui passe.

Qui a pu vous raconter de telles sottises et comment avez vous été assez bête pour y croire ?
Henri LANGLOIS dans sa tentative de restauration de 1950, n’a quasiment rien rajouté à la version de 1940, remontée par les services de FRANFILMDIS (Henri BEAUVAIS).
P.E SALES-GOMES le confirme dans son ouvrage sur Jean VIGO, aujourd’hui ré-édité chez RAMSAY.

Les véritables rushes inédits de  » L’ATALANTE « , ont été découverts d’abord sur le papier, dans les archives écrites de la C.F, en 1986, par Pierre SIGAUD : Directeur Administratif de La Cinémathèque Française (alors présidée par Constantin COSTA-GAVRAS), qui en la personne de Vincent PINEL, a jugé ces images et ces sons comme « inintéressants et ne pouvant servir en aucune manière à une hypothétique restauration de L’ATALANTE ». ( !!!).

Pour en savoir plus, lisez mon compte-rendu de restauration joint à ce courrier et vous verrez de quelle manière  » croquignolesque « , la vérité a été mise à jour par mes soins.
La Cinémathèque Française en rougit encore et vient récemment de se  » venger  » de moi, en publiant à mon insu et sans avoir la politesse de me consulter, un pitoyable ouvrage, bouffi de suffisance,  » digne  » de Bernard-Henri LEVY et qui tente, sous la tragique  » direction  » de Nathalie BOURGEOIS, Bernard BENOLIEL et Stéfani de LOPPINOT, d’expliquer  » L’ATALANTE  » au cinéphile mondain, avec des analyses et de textes éffarants de stupidité, si l’on excepte les écrits de Luce VIGO et d’Emile BRETON, toujours honnêtes dans leurs propos.

Vous lirez par contre, dans mon compte rendu, dans quelles conditions tragi-comiques, j’ai découvert et récupéré en Angleterre, la copie GFFA – 1934 de  » L’ATALANTE  » du 1er montage de CHAVANCE.
Enfin, Monsieur, sachez qu’avant de commencer toute restauration de  » L’ATALANTE « , Pierre PHILIPPE & moi, avons vérifié dans TOUTES les Cinémathèques du monde et dignes de ce nom, TOUTES LES COPIES complètes et incomplètes de  » L’ATALANTE  » comme du  » CHALAND QUI PASSE « .

C’est ainsi qu’en décembre 1989, nous sommes rentrés en contact avec La Cinémathèque Royale de Belgique, qui a eu la courtoisie de nous expédier tout son matériel existant concernant VIGO, y compris la première version du  » CHALAND QUI PASSE  » qui n’a d’ailleurs été montée par GFFA, qu’une seule et unique fois.

Franchement, si nous avions trouvé  » la perle rare  » (en une hypothétique copie du  » CHALAND QUI PASSE  » plus véridique que  » L’ATALANTE  » elle-même ; fait aberrant en soi, quand on connaît la genèse du film…) et totalement respectueuse des désirs de VIGO, j’aurais, pour ma part, immédiatement abandonné toute tentative de restauration : Honnêteté oblige.
Vous affirmez donc et encore des inepties sans fondement valable.


Et ce sont ces deux fantômes du même film, que Il Cinema Ritrovato présente en parallèle. On découvre que le Chaland qui passe est plus fidèle à l’Atalante qu’on ne le croyait jusqu’à présent. Ce film bénéficie d’un montage images assez fidèle à l’idée de Vigo et d’une cohérence globale qui préserve sa poésie. De son côté, la version Gaumont est plus discutable qu’on ne l’imaginait. On peut y percevoir des abus de restauration. Par exemple, parmi les rushes réincorporés, il y en a que Vigo avait sans doute lui-même abandonnés. Des plans parfois beaux en soi mais qui ne fonctionnent pas dans l’ensemble. La fin a été transformée par le responsable de la restauration qui la trouvait ratée.

Alors là, Monsieur, vous exagérez et je finis par croire que le vin italien récemment absorbé dans un dîner semi- mondain organisé par le festival, a troublé votre raison, lors de la projection Bolognaise !
Je vous donne ma Parole d’Honneur que la restauration de  » L’ATALANTE « , commanditée par GAUMONT et effectuée plus par mes soins que ceux de Pierre PHILIPPE, (vite découragé par l’ampleur du travail à effectuer), est absolument fidèle aux écrits comme aux intentions de Jean VIGO.

Je puis d’ailleurs le prouver devant n’importe qui et à plus forte raison, Vous ; ayant de mon côté, précieusement conservé en archives, chaque document, action et étape de la restauration du film, sachant qu’un jour ou l’autre, un TRISSOTIN tel que vous et donc, indigne du théâtre de MOLIERE, me reprocherait d’avoir restauré le film, en m’identifiant à un VIOLET LE DUC de banlieue…

Cependant, je dois vous avouer que je me suis violemment heurté avec Pierre PHILIPPE, qui a absolument tenu, entre-autres bêtises, à inclure un plan de Jean DASTE, lèchant un bloc de glace et qui n’avait strictement rien à faire dans le montage de la séquence restaurée.
J’ai eu beau batailler, implorer… Rien n’y a fait et GAUMONT a préféré se ranger à l’avis de Pierre PHILIPPE,( seulement pour cette séquence, heureusement d’ailleurs…), me laissant par la suite, toute  » liberté  » d’action, qui consistait pour ma part, à respecter au photogramme près, les intentions de VIGO. (Les Cinéphiles du Monde entier ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, si j’en crois les réactions unanimes qui ont salué la restauration du film et l’important courrier que je continue à recevoir encore aujourd’hui et à ce sujet, depuis les quatre coins de la planète …)

Enfin, sachez que la restauration de  » L’ATALANTE « , n’a pas été effectuée par Amour du Cinéma par GAUMONT : En effet, la puissante société s’était aperçue que si l’on ne modifiait pas le film d’une manière ou d’une autre au montage, afin de renouveler le copyright ©, les droits qu’elle possédait sur l’œuvre tomberaient dans le domaine public en 1990 !!!
 » What a wonderful world « , isn’t it ?..

Mais revenons à votre torchon :
J’ai résolument du mal à croire qu’une personne comme Madame Luce VIGO, aussi intègre, honnête et militante de la Gauche la plus pure qui soit, puisse  » retourner sa veste  » comme un  » Socialiste bon teint « , de la manière que vous décrivez :

Ces aberrations surprenantes ont été soulignées par Luce Vigo, critique de cinéma et fille de Jean Vigo, et Bernard Eisenschitz, historien du cinéma fin connaisseur de l’œuvre et de son destin tourmenté.

Si j’ai pu restaurer  » L’ATALANTE « , à 29 ans et seul contre tous, c’est à Luce VIGO que je le dois.

Comment aurais-je pu être assez salaud pour ne pas respecter les intentions de son défunt Père, que j’admire entre tous ?
Je dois également souligner le formidable soutien que m’a apporté l’extraordinaire Michel SCHMIDT, alors responsable de la production de la restauration de  » L’ATALANTE  » chez GAUMONT.

Durant toute la restauration du film, Luce a toujours été la bienvenue au montage et je puis vous confirmer que j’ai toujours été à son écoute, même si cela a souvent agacé le fielleux Pierre PHILIPPE, clône dégénéré d’Henri LANGLOIS, taillable et corvéable à merci par la maison GAUMONT, et espion patenté de cette dernière.

Oui, en vous lisant, j’ai du mal à croire que Luce VIGO ait demandé à sa seule initiative, que cette restauration GAUMONT © 1990, soi-disant ratée de  » L’ATALANTE « , soit dédiée à Antoine SAND, son Fils défunt, et par la même, petit fils de Jean VIGO !
C’eût été un parjure !
Vous avez dû sans nul doute, mal interprété ses propos, étant à cet instant grisé par le fait d’avoir obtenu un carton d’invitation VIP au Festival de Bologne. (Une fois n’est pas coutume…).

Enfin, si Bernard EISENSCHITZ se prétend spécialiste de VIGO, pourquoi n’est-il pas venu nous voir à Joinville, comme Pierre MERLE, Charles GOLDBLATT et bien d’autres, lorsque la restauration du film était en cours et que nos portes étaient grandes ouvertes ?..
Sa connaissance sur le sujet nous aurait sûrement été d’un concours inestimable et nous aurait évité bien des erreurs qu’il semble nous reprocher à ce jour…

Ah ! Résistants de la dernière heure… Vous êtes toujours bien là… À mettre dans le même sac que Maurice PAPON !

J’en briserai là, Monsieur, en espérant de tout cœur qu’un jour prochain, de flamboyantes guillotines Révolutionnaires, dressées à nouveau sur la place de la Concorde, viendront trancher avec quelques autres, votre cou corrompu et qui semble maintenir avec peine, une pauvre cervelle, sachant pertinemment que Vous et votre Rédacteur en Chef n’aurez jamais le courage de me donner un droit de réponse dans votre feuille de chou, en publiant ma lettre in extenso !

Pour ne pas vous saluer !

JL.B

PS : Vous écrivez :
(3) Zéro de conduite est un moyen-métrage de 45 minutes.
Non Monsieur ! Zéro de conduite est un moyen-métrage de 47 minutes !

J’allais oublier !.. Quand je pense que le N° de téléphone de votre journal se termine par 1789, c’est à mourir de rire !!!

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Cette fois-ci, la gangrène est belle est bien en place et dès lors, une paire de ciseaux inquisiteurs sont offerts officiellement à Bernard EISENSCHITZ (pour des raisons que je ne peux malheureusement pas dévoiler ici car elles mettent en cause trop de personnes, dont certaines, malhonnêtes mais en place, qui se feraient une joie de me nuire et d’autres, que je respecte, abusées par certains  » décideurs « , à qui je ne désire nullement causer de la peine ou du tracas…), afin qu’il détruise la restauration 1990 de  » L’ATALANTE  » pour faire place à une version qui n’est même pas celle du montage originel de Louis CHAVANCE, et que GAUMONT puisse enfin sortir son « INTEGRALE JEAN VIGO » sous forme de DVD, en y incluant  » A PROPOS DE NICE « , seul film de VIGO dont sa Fille : Luce, était encore à lors, propriétaire exclusive et de ce fait, n’appartenant toujours pas à GAUMONT qui en était fort marri.

Cf la page consacrée à l’Intégrale Jean Vigo en coffret DVD sorti par Gaumont en 2002.

 » M’sieur ! I’ peut y aller ?
Il a mal au ventre …  » *

(Dialogues de  » Zéro de Conduite « )

Pour la dernière fois, si Pierre Philippe & moi avons décidé en commun accord avec GAUMONT de restituer en 1990, une version de  » L’ATALANTE  » la plus complète qui soit, c’est parce que nous avons été immédiatement conscients (en rencontrant tous ceux qui ont connu VIGO), du fait que cet Homme n’avait pas de temps à perdre, lorsqu’il a tourné son film et que tous les plans qu’il a enregistrés sur la pellicule étaient conçus pour être utilisés au montage.
D’autre part et d’un point de vue Historique, nous avons également pensé que plus on donnait d’informations sur ce qu’a créé un artiste disparu, mieux il était possible d’approcher son œuvre en profondeur.
Notre intention était donc généreuse, sans arrières pensées et dépourvue d’idées créatrices personnelles développées sur le film de VIGO et à son insu ; même si c’est le principal reproche que les opposants à la version de 1990 semblent nous faire insidieusement depuis 10 ans et aujourd’hui au grand jour, en nous faisant passer pour des malfrats du Cinéma.

Pour ma part, je n’ai eu qu’une seule idée fixe en restaurant ce film : Restituer à Jean VIGO ce qu’on lui avait volé et lui exaucer ce que le temps et/ou des gens mal intentionnés , lui avaient empêché de concrétiser.
Mes archives personnelles et ouvertes à tous ceux qui le désirent, sont là pour le prouver.

Enfin que l’on ne se leurre pas : Si GAUMONT voulait à nouveau bénéficier des droits du film qui allaient expirer en 1990, il fallait en modifier le montage original pour renouveler le copyright.
C’est la Loi.
C’est d’ailleurs pour cette même raison et pour éviter que le film dans la version montée par Louis Chavance revienne à son état premier, que Bernard Eisenschitz, a conservé des séquences dûes à la restauration de 1990 !
Le fait qu’il présente aux yeux de tous, la version restaurée de 2001 comme celle de Louis Chavance, est une autre histoire dont nous lui laissons la responsabilité. Car là-aussi, ni Pierre Philippe ni moi n’avons été avertis par qui que ce soit de chez GAUMONT ou d’ailleurs, du fait qu’une tierce personne allait mettre à bas notre travail de restauration et se l’approprier en toute légalité, pour mieux aller ensuite faire la roue dans les Festivals et autres manifestations culturelles, accompagné de ses complices.

Bien qu’étant régulièrement sollicité pour venir parler de mon travail et de mes recherches sur  » L’ATALANTE « , je suis aujourd’hui obligé d’être contraint au silence, de refuser toute invitation et de passer la main à des personnes qui n’ont pris aucun risque et qui n’ont jamais mis les mains dans le cambouis du moteur de la péniche.

Il ne me reste donc plus que la voie démocratique de l’internet pour me libérer du bâillon que l’on m ‘a infligé et faire part pour la dernière fois, à ceux qui voudront bien me lire, de la tristesse que j’éprouve vis à vis de ce qui s’est passé.

Mais bon… L’essentiel réside dans le fait que l’œuvre de Vigo soit encore diffusée devant le public le plus large.
Alors pour le reste… Oublions les mauvais coups et ne gardons que le meilleur de l’Aventure.

« Heureuse vie à bord de « L’Atalante », Vive VIGO l’Anarchiste Poète ! Et quand à Bernard Eisenschitz, je n’ai qu’une seule seule chose à lui déclarer:  » Monsieur Le Professeur, je vous dis merde !  » (Dialogues de  » Zéro de Conduite « ).
À présent,courez vite vous procurer cet indispensable coffret DVD et faites le découvrir à tous ceux qui n’ont pas encore eu la chance de voir les films de Jean VIGO!


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1990 – Les notes de restauration de l’Atalante bobine par bobine de Jean-Louis Bompoint

MÉMORANDUM TECHNIQUE

CF = Rushes Cinémathèque Française.

LAVANDE-CF = Copie lavande Cinémathèque Française.

CQP-CRB = « Le chaland qui passe »- Cinémathèque Royale de Belgique

BFI = Copie CEX #1957 H d’origine GFFA – 1934 – British Film Institute, National Film Archives.
Tous les négatifs et lavande provenant de la Cinémathèque Française ont été nettoyés et restaurés au sein des Laboratoires DAEMS.

À partir de ces éléments ont été tirés un contretype, un marron, un positif de travail et un contretype pour la restauration de la copie d’exploitation 1990.
La piste sonore du film a été reconstituée à partir des éléments cités dans la liste des abréviations.

BOBINE #1

Nouveau générique (Michel GONDRY & Studio EXPOSURE) avec dédicace à l’attention d’Antoine SAND, petit-fils de Jean VIGO.
– Les époux marchant devant les meules de foin (CF).
– Les époux marchant dans les fougères (CF).
– Gros plan de la remise du bouquet par le gosse aux époux (CF).
– Le Père Jules fait embarquer Juliette sur la péniche (CF).
– Une paysanne se signe (BFI-Truqué).
– La péniche accoste (CQP- CRB).
– Durée bobine #1: 11′ 53″

La première bobine a été relativement facile à restaurer.

La musique du générique toujours mutilée dans toutes les copies que nous avons pu visionner a été finalement retrouvée intacte avec son introduction dans la copie BFI.

Pour la suite de la restauration, Luce VIGO nous est venue en aide en nous confiant toutes les notes techniques et les souhaits esthétiques écrits de la main de son père, nantis du scénario et du découpage technique définitif dactylographié par Lydu VIGO et Jacqueline MORLAND .

Grâce à ces documents inespérés et inédits, (ils ne sont même pas présents au sein de l’ouvrage de Pierre LHERMINIER), nous avons pu découvrir que VIGO souhaitait que Michel SIMON se dédouble, par le biais d’un trucage optique, pour se battre avec lui même dans la scène du pancrace. J’informais immédiatement Claude COPIN du délicat trucage à effectuer. Quand Gérard SOIRANT fit les premiers essais, les résultats dépassaient toutes les espérances… VIGO avait eu là une idée de génie, malheureusement refusée à l’époque par les producteurs. En 1990, justice était faite.

BOBINE #2

– Jean tire le fil à linge (Lavande-CF).
– Le Père Jules donne son linge (Lavande-CF). Réintégration de la scène de Raspoutine (BFI) et intégration du plan inédit (et flou…) de Jean & Juliette à la lessiveuse, chantant ensemble Le chant des Mariniers. (CF).
– Juliette plonge la tête de Jean dans le seau (CF).
– Le pancrace du Père Jules (BFI-Truqué sur deux plans par le Studio EXPOSURE).
– Juliette sort son siège pliant depuis la proue de la péniche (CF – Son reconstitué artificiellement à partir de différents morceaux de la piste sonore du film, sur deux bandes, par JL.BOMPOINT).
– Mise en place d’ambiance sonore sur la séquence de la péniche coincée dans la brume (même procédé sonore cité précédemment).
– Depuis la péniche, le gosse jette une caisse dans l’eau. (CF).
– Jean et le Père Jules cherchent Juliette (CF).
– Le père Jules quitte la péniche en maugréant et se dirige vers la cabane aux chats et leur donne à manger (BFI + CQP-CRB).
– Durée de la bobine #2: 12′ 30″

BOBINE #3

– Dernier plan de la séquence de l’écluse (Lavande-CF) : Raccord musique dans la séquence de l’écluse.
– Durée de la bobine #3: 10′ 48″

BOBINE #4

Dans cette quatrième partie, d’épineux problèmes furent à résoudre dans la mesure où nous disposions de l’image de certaines séquences sans avoir pu retrouver les sons correspondants.
– Il y avait tout d’abord la scène où le Père Jules allume une cigarette et la place dans son nombril (CF).

J’ai du opérer de la manière suivante afin de reconstituer la bande sonore et le dialogue de Michel SIMON:
a) Détection labiale muette du dialogue de Michel SIMON.
b) Analyse des phonèmes du dialogue de Michel SIMON.
c) Recherche dans la piste sonore du film entier, de tout phonème de la voix de Michel SIMON correspondant à la détection labiale établie.
d) Isolement des phonèmes recherchés sur 35m/m magnétique.
e) Montage sur deux bandes son en intervalles de chaque syllabe du dialogue reconstitué par phonèmes.
f) Mixage de la restauration sonore au Studio RAMSES.

Je rencontrais des problèmes similaires dans la séquence de la fuite de Juliette et de sa recherche par Jean, le Père Jules et le gosse.

Sur les huit plans remontés, deux seulement étaient tournés en son synchrone, le reste avait été filmé en muet et tourné à la manivelle sur une DEBRIE PARVO « L » par Boris KAUFMAN. Il fallait donc reconstituer l’ambiance du port et du déchargement de la péniche, Jean appelant sa femme, et Juliette répondant d’une voix lointaine. J’ai donc utilisé la même méthode que pour la reconstitution de la scène de la cigarette dans le nombril du Père Jules, en recherchant ici et là sur toute la piste sonore du film, les ambiances et les dialogues susceptibles de me servir pour redonner vie à ces six plans. Sur une bande étaient montées les ambiances et sur l’autre, les dialogues et les voix-off. Le tout mixé par le Studio RAMSES.
– Le Père Jules donne un coup de pied aux fesses du gosse (CF).
– Durée de la bobine #4: 12′ 27″

BOBINE #5

Reconstitution intégrale et inédite du premier couplet de la chanson du camelot, tourné à deux caméras synchrones aux Studios des Buttes-Chaumont -GFFA.
– Durée de la bobine #5: 11′ 08″

BOBINE #6

Élément intégralement d’origine (BFI).
– Durée de la bobine #6: 10′ 02

BOBINE #7

– Plan de coupe du phonographe.
– Plan général de Jean plongeant dans l’eau à partir de la péniche (CF).
– Jean lèche un bloc de glace (CF).
Restauration son de la valse de la SUITE FRANÇAISE de Maurice JAUBERT, dans la séquence du phonographe réparé par le Père Jules et présenté à Jean sur le pont de la péniche en travers du fleuve.
Réintégration de la séquence du montage parallèle entre Jean & Juliette se désirant mutuellement (BFI).
– Durée de la bobine #7: 9′ 22″

BOBINE #8

– Jean marche dans le port du Havre (CF).

Remontage de la séquence du Père Jules recherchant Juliette avec intégration du plan où le Père Jules est à la station de métro Stalingrad (ou Jaurès).
– Plans supplémentaires du délire de Jean sur la plage de Saint-Adresse (CF). Pour ces séquences, intégration d’ambiances sonores suivant le procédé employé dans la bobine #4.
– Intégration de la chanson ELLE A DU CHIEN dans la séquence du magasin de musique. (Composé par Charmel & Sellers. Interprété par Georges Sellers & l’orchestre du Bal Tabarin- Disque 78trs « Gramophone-La voix de son maître »- Orch 50-1263. N° CAT K 6200-BIEM) – (Collection privée JL.BOMPOINT).
– Intégration de la version avec orchestre & choeurs du Chant des Mariniers (JAUBERT-GOLDBLATT) – (BFI).
– La péniche vue d’avion (CF – Truqué par le Studio EXPOSURE : Il y avait deux à coups désagréables à la vue provoqués par les turbulences de l’appareil qui ont été recadrés et ralentis en trucage. Grâce à Jean-Paul ALPHEN, nous avons pu apprendre que ce plan a été tourné par Boris KAUFMAN une fois le premier montage terminé, à la demande de VIGO déjà malade et malheureusement alité ).
– Final musique restauré. (Vocal chanté par Marthe JAUBERT).
– Durée de la bobine #8: 11′ 17″

DURÉE TOTALE DU FILM: 88′ 07″


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1990 – Fiche Technique de l’Atalante par Jean-Louis Bompoint

Affiche de L’Atalante conçue par Michel Gondry.

Une restauration de la Cinémathèque GAUMONT
sous la direction artistique de Jean-Louis BOMPOINT & Pierre PHILIPPE.
Une production Jacques-Louis NOUNEZ.

FICHE TECHNIQUE :

Distribution :
Michel SIMON : Le Père Jules
Dita PARLO : Juliette
Jean DASTE : Jean
Louis LEFEBVRE : Le Gosse
Gilles MARGARITIS : Le Camelot
Fanny CLAR : La Mère de Juliette
Maurice GILLES : Le Chef de Bureau
Raphaël DILIGENT : Raspoutine
Pierre PREVERT : Le Client Pressé
Lou TCHIMOUKOFF : Le Voleur
Albert RIERA : Le promeneur du port

Avec :
Claude AVELINE
René BLECH
Genya LOZINSKA
Gen PAUL
Jacques PREVERT
Paul GRIMAULT

Première mutilation et remontage : GFFA (1934).

Le film est rebaptisé « LE CHALAND QUI PASSE »-Durée:65′ – Musique : C.A.BIXIO.
Première tentative de restauration : FRANFILMDIS / Henri BEAUVAIS (1940).

Le film s’appelle à nouveau « L’ATALANTE ». Musique : C.A.BIXIO & Maurice JAUBERT.
Deuxième tentative de restauration : LA CINEMATHEQUE FRANCAISE / Henri LANGLOIS (1950) & FRANFILMDIS. Musique : Maurice JAUBERT.

Equipe Technique :
Scénario : Jean GUINEE
Adaptation & Dialogues : Jean VIGO & Albert RIERA
Musique composée et dirigée par Maurice JAUBERT
Lyrics : Charles GOLDBLATT
Décors : Francis JOURDAIN
Directeur de la Photographie : Boris KAUFMAN
Second Opérateur : Louis BERGER
Assistant Opérateur : Jean-Paul ALPHEN
Prise de son : Marcel ROYNE & Lucien BAUJARD
Assistants Réalisateur : Albert RIERA & Pierre MERLE
Scripts : Fred MATTER & Jacqueline MORLAND
Régisseur : Henri ARBEL
Photographe de plateau : Roger PARRY
Maquillage : CHAKATOUNY
Montage Originel (1934) : Louis CHAVANCE

Intérieurs aux Studio des Buttes – Chaumont – GFFA (Gaumont – Franco – Film – Aubert) Extérieurs à PARIS 19°arrondissement, Quais de PANTIN, LE HAVRE/Plage de Ste ADRESSE et MAURECOURT.

Enregistrement RADIO – CINEMA (Son Optique à une seule rangée de densité fixe).

Pellicule KODAK – EASTMAN Noir & Blanc – 1: 1,33.

Durée de la version restaurée en 1990 : 88’07 » à 24 images/seconde.

Année de production : 1934

Version Restaurée 1990 :
Montage de la version définitive restaurée en 1990 : Jean-Louis BOMPOINT.
Assistants : Frédéric WORMSER & Thierry TRELLUYER.
Retauration de l’image : Laboratoires DAEMS et CINARCHIVES.
Restauration du son : RAMSES – BELL X-1 & LOBSTER FILMS.
Laboratoire GTC JOINVILLE.
Responsables de la Cinémathèque GAUMONT : Laure FORESTIER & Manuela PADOAN. Producteur de la version restaurée : Michel SCHMIDT.
Nouvelle affiche & Dessin du générique : Michel GONDRY.
Effets spéciaux et nouveau générique : Gérard SOIRANT & Claude COPIN /Studio EXPOSURE.
Travaux photographiques : Caroline FEYT & Jean-Louis BOMPOINT.
Commentaire & réalisation du documentaire qui précède le film restauré : Pierre PHILIPPE.
Première représentation publique de la version restaurée : Festival de Cannes 1990.

À la demande de Luce VIGO, cette restauration est dédiée à la mémoire d’Antoine SAND, petit fils de Jean VIGO et fils de Luce VIGO.


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2001 – A propos de la restauration de 1990 (Patrick Perrotte)

À propos de la restauration de « L’Atalante » réalisée en 1990 par Jean Louis Bompoint & Pierre Philippe.

Par Patrick Perrotte

(Enseignant Lycée Louis Feuillade Lunel 34. Membre de l’Association des Enseignants de Cinéma : LES AILES DU DESIR)

Des enseignants de l’Académie de Montpellier ont rencontré à Alès (30) en Novembre 2001, Jean Louis Bompoint pendant un stage de formation consacré à l’œuvre de Jean Vigo. Nous sortions à peine du festival de Sarlat pendant lequel on nous a présenté « officiellement » l’ultime version de ce film.

On parlait alors d’un « retour aux sources » en poussant vers la sortie la précédente version restaurée par Jean Louis Bompoint. On reprochait à sa restauration d’être tout simplement une compilation excessive. Une sorte de fourre-tout contestable.
Jean Louis Bompoint n’était pas invité à Sarlat. Et pourtant il y avait un atelier « restauration » dans lequel il aurait certainement pu apporter des informations précieuses sur son travail sur l‘Atalante. C’est dommage car son témoignage sur ses activités dans les archives Gaumont et en Angleterre reste incontournable.
Ce sont les enseignants de Montpellier qui ont eu la chance de dialoguer avec lui sur son travail et ses connaissances sur Jean Vigo.

Les informations que nous avons rassemblées montrent bien que son travail de 1990 n’est pas une simple compilation approximative mais bien un réel travail de restauration particulièrement soigné et intelligent.

A la lecture des documents mis en ligne par Jean-Louis Bompoint, on comprend vite que Jean Louis Bompoint a réalisé un travail d’une ampleur remarquable sur l‘Atalante. Il accumulé des informations précieuses auprès des gens qui ont participé à sa réalisation (techniciens, acteurs, témoins, etc…). Sa grande connaissance de l’œuvre de Vigo et des détails sur la genèse du film comme le déroulement du tournage nous permettent de mieux entrer dans l’intimité du film.
Jean Louis Bompoint a contesté la nécessité de faire une nouvelle restauration de l’Atalante.

Pour mettre en valeur cette nouvelle version, son propre travail de restauration été dévalorisé. Il a les arguments pour se défendre et compte intervenir dans ce sens, sur son site, puisque c’est le seul moyen qu’il lui reste pour s’exprimer, étant donné, que d’autres ont pris officiellement sa place, pour parler du film.

Après sa conférence, Jean Louis Bompoint a répondu à nos questions.

Extraits :

Où se trouve la copie originale de l’Atalante ? Vous n’avez rien trouvé dans les archives ? Pas la moindre trace ?

Mais… Les négatifs ont été détruits pendant l’occupation ! Il faut rappeler que le régime nazi avait une grande considération pour le cinéma. C’était une des armes principales du nazisme. Et Goebbels savait que les Français (qui étaient un peuple désobéissant et frondeur), ne se plieraient pas facilement à la discipline nazie. Pour remédier à cela il a décidé d’utiliser le Cinéma eta demandé à Alfred Greven (Producteur Allemand, Francophone, rallié à la cause nazie et subordonné à Goebbels), de prendre en charge le Cinéma Français. Ainsi sera fondé le puissant groupe cinématographique « Continental ». Greven aura pour mission de créer des comédies légères et insipides pour amuser le « bas peuple » et pour les intellectuels, il sera chargé de produire des films dans lesquels les Français se bouffent entre eux et se désespèrent. Regardez les films comme le « Corbeau » , « L’assassin habite au 21 », « L’assassinat du Père Noël », etc… Il y a bien un dénominateur commun à tous ses films. Remarquables d’ailleurs… Mais dans ces œuvres les Français se méfient, ils se déchirent entre eux. Mais avant que Greven arrive en fonction, la Gestapo aurait reçu l’ordre de détruire toutes les bobines de films « subversifs ». Alors vous pensez que les films interdits par la censure ou des réalisateurs de gauche étaient en première ligne. Vigo le premier, c’est le fils d’un anarchiste, etc.. !

Avez vous trouvé des documents confirmant la destruction de l’Atalante ?

C’est Pierre Merle* qui me la confirmé. Mais cela n’a jamais été prouvé. Cela n’est d’ailleurs pas propre à l’Atalante. On a un moment donné, parlé de bombardements et d’autres d’histoires… En revanche, le négatif original a bien été perdu. Cela est sûr. J’ai pour ma part, cherché longtemps. J’ai tout retourné dans les archives Gaumont, à la Cinémathèque de Belgique, etc.. J’ai ennuyé les gens à la Cinémathèque Suisse, etc…. Je n’ai rien trouvé. Le négatif a bien été perdu.
(*) Assistant Réalisateur sur l’Atalante

Comment avez vous abordé le son ?

En 1990 quand nous avons restauré le son avec nos partenaires, nous avions décidé de faire une toilette pour retirer des scories et rendre certains dialogues plus compréhensibles, puis clarifier la musique. Mais il n’était pas question de remettre en cause la tonalité du style de l’époque, c’est à dire le procédé à densité fixe  » RADIO CINEMA « . Pas question de faire à l’Atalante ce que Violet-Leduc a fait sur certains monuments Français ! D’une manière générale pour tout le film, il faut savoir que nous avons, avec Pierre Philippe, suivi à la lettre les instructions manuscrites de Jean Vigo (documents confiés par Luce Vigo). Seuls deux petits passages ne me plaisent pas mais ils ont été décidés par Pierre Philippe.

… Lesquels ?

Eh bien, il y a ce plan où Jean Dasté lèche un bloc de glace en plein milieu de la séquence du phonographe. Cela me semble stupide. J’étais pour ma part vraiment contre…. Quant au deuxième, Pierre Philippe a rajouté un peu de réverbération sur le plan de l’avion au niveau du son. Cela pour que la voix de Marthe Jaubert résonne dans le noir de la pellicule.

… Et les motivations de la société Gaumont en 1990 ?

Gaumont ne pouvait pas faire autrement que d’ordonner en 1990 la restauration de l’Atalante. Car le copyright allait tomber dans le Domaine Public ! Pour cette restauration, on a dépensé une petite fortune !

Quelles étaient les motivations de Nounez, le producteur ?

Nounez avait confiance. Il a vite perçu le talent de Vigo (…). L’accord de production d’un film étant décidé, Vigo qui détestait l’école et en gardait des souvenirs douloureux, lui proposa de faire un film intitulé « Les cancres ». Il voulait critiquer l’institution scolaire, son système, et mettre en évidence la soif de liberté qu’éprouvent tous les enfants du monde entier. Nounez, qui avait un esprit ouvert, accepta facilement. Il décida de prendre un distributeur sérieux. Ce fut Gaumont. Nounez apportait l’argent et Gaumont le matériel. Le tournage de  » Zéro de conduite » pouvait commencer ; mais dans un état de panique générale car il n’y avait pas grand chose d’organisé. Dans ce contexte un peu « amateur » régnait un climat assez joyeux. Bref, ils tournent « Zéro de conduite » et Nounez, qui a laissé toute liberté d’action à Vigo, trouve le film amusant et sympathique. En revanche, du côté de chez Gaumont la réaction est très négative ! Beaucoup de scènes sont contestées. Le Distributeur n’accepte pas le manque d’autorité des profs, l’insolence des enfants, l’apparition furtive d’un sexe d’enfant, etc… Il ne faut pas oublier que nous sommes alors en 1933 autrement dit à la veille de grands événements (…) Bref quand le film passe au comité de censure il est tout simplement interdit. Voilà un cinéaste d’une vingtaine d’années qui a eu la chance de rencontrer un mécène généreux et qui de plus, a eu comme distributeur, la très sérieuse société Gaumont, voit au bout du compte son premier film interdit !! C’est donc une carrière qui commence de manière catastrophique. Mais cela n’a pas fait fuir Nounez qui a pourtant beaucoup perdu d’argent dans cette affaire. Bien au contraire il s’engagea dans une nouvelle production avec Vigo mais en imposant cette fois ci, le choix du scénario. A l’opposé des thèmes provocateurs, il chercha un sujet « insipide ». Il avait parmi les connaissances de son épouse un certain Jean Guinée qui avait pondu une histoire bien simple d’un couple sur une péniche. Pour Nounez c’était le sujet de film idéal. Persuadé que le talent de Vigo transfigurera cette banale (et même stupide) histoire d’amour. Je trouve que Nounez a eu un éclair d’intelligence. Vigo a assez vite réalisé qu’i devait prendre sa chance. Il confia un jour à Albert Riéra en évoquant le scénario  » … Mais que veux tu que je fasse de ça ? ». Albert Riéra qui est quelqu’un de très doux lui a répondu  » …D’accord cette histoire est sans saveur.Mais c’est à toi de la rendre intéressante ». En discutant avec Pierre Merle & Riéra, Vigo commença à mijoter des ressources. Et puis la veille il avait rencontré, grâce à Riéra, Michel Simon dans sa loge au théâtre. Pour lui c’était un acteur formidable. Simon fut emballé par la personnalité de Vigo « le fils de l’anarchiste ». Il donna son accord à Vigo qui voyait en lui un « Père Jules » idéal.(…) Vigo trouva aussi un élément intéressant dans le scénario qui allait donner la modernité au film : C’était la première fois qu’on abordait au Cinéma, un problème d’un jeune couple à peine marié. Alors qu’en général il s’agissait surtout des histoires de couples tirées du théâtre de boulevard.
À partir de là, le scénario a été réalisé rapidement. (…)

Quelle était l’ambiance sur le tournage ?

Pour tourner le film ils n’avaient pas beaucoup de temps. Tout a été tourné d’une manière très spontanée. Ceci donne encore aujourd’hui une indéniable fraîcheur au film. Il n’y avait pas beaucoup de répétitions. Beaucoup de rôles secondaires sont tenus par des non-professionnels (des amis en général). Tout ce petit monde s’est retrouvé pour le tournage et personne ne se prenait vraiment au sérieux. Vigo était très gentil et ils avaient presque tous le même âge. Etc … Par la suite, à la projection, on a trouvé une véritable poésie dans les images. Mais si vous regardez bien  » L’ATALANTE « , vous constaterez un grand nombre d’erreurs techniques dans les raccords, dans l’éclairage, au niveau du son. On peut même affirmer que la continuité dialoguée ne tient pas debout. Mais grâce à une alchimie particulière ce film est une réussite. Le scénario était un peu fou mais assez simple pour permettre une certaine improvisation. Tous les comédiens étaient reliés à la cause de Vigo. Ils étaient tous amis. C’était le cas de Gilles Margaritis qui blaguait souvent avec Vigo pendant et en dehors du tournage. Ils ont d’ailleurs perdu pas mal de temps à cause de cela … Avant le film Vigo et Margaritis s’amusaient beaucoup a faire des batailles d’œufs, des concours pour connaître le meilleur buveur de vin blanc au restaurant  » La Coupole « , etc … Tous les deux étaient des farceurs ! Un jour, à La Coupole, Vigo proposa à Margaritis de jouer dans son film. Ce dernier accepta à une condition : Qu’il ne lui demande pas de chanter ! Ce fut bien entendu le contraire qui arriva ! Vigo le farceur demanda à Maurice Jaubert et Charles Goldblatt de composer immédiatement une chanson pour Margaritis. Et pour le tournage de la scène il y a eu 53 prises ! Margaritis ne s’en sortait pas car la musique de Jaubert était compliquée et les paroles de Goldblatt assez alambiquées. Le tout étant enregistré en direct ! Mais cela amusait Vigo de voir son ami Margaritis dans une telle situation. Jacqueline Morland la Scripte du film, nous a dit que :  » C’était terrible quand nous avons tourné cette scène ! Vigo tournait avec deux caméras et les bobines s’accumulaient ! Margaritis ne s’en sortait pas. Le Directeur de Production s’arrachait les cheveux. Et Vigo lui, s’amusait beaucoup !  » Ceci permet de montrer l’ambiance du film. Il y a une autre anecdote qui me vient à l’esprit à propos de la scène où Jean Dasté plonge dans l’eau depuis la péniche. C’était l’hiver 1933 et il a fallu casser la glace. Dasté qui était au bord de la péniche ne savait pas trop ce qu’il devait faire. Vigo lui cria « Tu sautes et tu remontes ! ». Dans son dos tous les assistants et les machinistes reprirent d’une seule voix, le commentaire désabusé du Marinier, responsable de la péniche : « Si… il remonte » ! On se demande si cette plongée de Dasté était vraiment prévue dans le scénario. Il s’agissait peut-être d’une nouvelle facétie de Vigo… Mais en fait, non. Le Poète avait bien sa petite idée derrière la tête en demandant à son acteur de jouer cette scène impossible.


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