{"id":169,"date":"2011-02-26T17:13:04","date_gmt":"2011-02-26T16:13:04","guid":{"rendered":"http:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/?p=169"},"modified":"2011-03-02T19:19:20","modified_gmt":"2011-03-02T18:19:20","slug":"divers-articles-sur-jean-vigo-revues-depoque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/2011\/02\/divers-articles-sur-jean-vigo-revues-depoque\/","title":{"rendered":"Divers articles sur Jean Vigo (revues d&rsquo;\u00e9poque)"},"content":{"rendered":"<p><a name=\"top\"><\/a><\/p>\n<p>Liste des articles reproduits :<\/p>\n<p><a href=\"#cinemag\">Cin\u00e9-Magazine n\u00b07 du mois de juillet 1930<\/a> + <a href=\"#revuecinema\">La Revue de Cin\u00e9ma n\u00b017 du 01 d\u00e9cembre 1930<\/a> + <a href=\"#libre\">La Libre Belgique, le 27 octobre 1933<\/a> + <a href=\"#pourvous\">Pour Vous, 30 novembre 1933<\/a> + <a href=\"#pourvous34\">Pour Vous, n\u00b0 289, 31 mai 1934<\/a> + <a href=\"#ecran45\">L&rsquo;Ecran Fran\u00e7ais n\u00b022 dat\u00e9 du 14 novembre 1945<\/a> + <a href=\"#ecran47\">L&rsquo;Ecran Fran\u00e7ais n\u00b0120 dat\u00e9 du 14 octobre 1947<\/a><\/p>\n<h3><span style=\"color: #993333;\"><a name=\"cinemag\"><\/a>Cin\u00e9-Magazine n\u00b07 du mois de juillet 1930<\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/cinemag-juillet30-n7.jpg\" rel=\"lightbox[169]\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-196\" title=\"cinemag-juillet30-n7\" src=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/cinemag-juillet30-n7.jpg\" alt=\"\" width=\"480\" height=\"130\" srcset=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/cinemag-juillet30-n7.jpg 600w, https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/cinemag-juillet30-n7-300x81.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Groupement de spectateurs d&rsquo;avant-garde.<\/strong><\/p>\n<p>Ce groupement a  donn\u00e9 le 14 juin une s\u00e9ance sur le jeune cin\u00e9ma fran\u00e7ais avec une  causerie de<strong> Jean Vigo<\/strong> : <em>Vers le Cin\u00e9ma. social<\/em>, suivie de la  pr\u00e9sentation du film de <strong>Vigow Kaufman<\/strong> (sic) : <em>A propos de Nice<\/em>, une oeuvre  aux intentions heureuses, mais qui peut tr\u00e8s bien ne pas plaire par son  herm\u00e9tisme.<br \/>\nAutres films pr\u00e9sent\u00e9s : Les Sports, in\u00e9dit de Jean Lods, et  Paris-Cin\u00e9ma, de Chenal et Mitry, int\u00e9ressantes r\u00e9v\u00e9\u00adlations sur le  cin\u00e9ma.<br \/>\nLa s\u00e9ance du 21 juin a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 Dekenkeleire, un des principaux  chefs de l&rsquo;avant-garde belge et auteur de Combats de Boxe, Impatience,  His\u00adtoire de D\u00e9tectives; d&rsquo;une technique tr\u00e8s personnelle et audacieuse,  ces orchestrations d&rsquo;images pr\u00e9sentent des d\u00e9s\u00e9quilibres \u00e9vidents.<br \/>\nL&rsquo;Effort. Pour cl\u00f4turer \u00ab un an d&rsquo;efforts \u00bb, le groupement \u00ab L&rsquo;Effort \u00bb dont nous avons signal\u00e9 les  habiles s\u00e9ances cin\u00e9matographiques, a orga\u00adnis\u00e9 une \u00ab soir\u00e9e  cin\u00e9matographique \u00ab chez Georges M\u00e9li\u00e8s il y a vingt ans \u00bb et \u00ab une soir\u00e9e  au studio 28, en 1930 \u00bb.<br \/>\nAgr\u00e9able confrontation du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent et dont on peut tirer de tr\u00e8s int\u00e9ressantes conclusions.<br \/>\nUn hommage enthousiaste fut rendu \u00e0 Georges M\u00e9li\u00e8s, qui voulut bien rappeler quelques-uns de ses plus r\u00e9jouissants souvenirs.<br \/>\nMAURICE-M. BESSY<\/p>\n<h3><span style=\"color: #993333;\"><a name=\"revuecinema\"><\/a>La Revue de Cin\u00e9ma n\u00b017 du 01 d\u00e9cembre 1930<\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/revuecine-1.12.30-n171.jpg\" rel=\"lightbox[169]\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-197\" title=\"-revuecine-1.12.30-n17\" src=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/revuecine-1.12.30-n171.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"367\" srcset=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/revuecine-1.12.30-n171.jpg 700w, https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/revuecine-1.12.30-n171-300x262.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/a><\/p>\n<p>A PROPOS DE NICE. Point de vue documentaire par JEAN VIGO et BORIS KAUFMANN.<br \/>\nVigo a eu une id\u00e9e de derri\u00e8re la t\u00eate : comme peu de metteurs en sc\u00e8ne  poss\u00e8dent de telles id\u00e9es, il convient de le f\u00e9liciter.<\/p>\n<p>Presque tous les  documentaires rel\u00e8vent du haut commissariat au tourisme ou de  recherches esth\u00e9tiques p\u00e9rim\u00e9es. La place est libre pour des pamphlets  cin\u00e9graphiques auxquels la sordidit\u00e9 o\u00f9 nous vivons fournira une mati\u00e8re  et une esp\u00e9rance in\u00e9puisables.<\/p>\n<p>Les rues de Nice, les monuments  h\u00f4teliers, les faces de chair des hivernants et les t\u00eates de carton du  carnaval mourant, les malheureuses tentations sexuelles offertes aux  vieux bourgeois, les poules, les vieilles dames \u00e9galement attir\u00e9es par  les petits chiens et les jeunes amants, ces \u00e9l\u00e9ments traditionnels de la  po\u00e9sie distingu\u00e9e peuvent alimenter un r\u00e9quisitoire dirig\u00e9 contre cet  Eldorado dangereux. On fait briller son or aux yeux des dactylos dont les plus mauvais instincts se  r\u00e9veillent aux sons des romances de la C\u00f4te d&rsquo;Azur : <em>Sur les bords de la  Riviera<\/em> ou <em>Y a bon Carnaval<\/em>.<br \/>\nMalheureusement l&rsquo;intention a d\u00e9pass\u00e9 l&rsquo;ex\u00e9cution : au lieu du film  tranchant, que lui permet\u00adtaient les photographies souvent excellentes  de son op\u00e9rateur, Vigo a b\u00e2ti un film nuageux o\u00f9 le pamphlet est noy\u00e9  dans des contrastes us\u00e9s depuis les romantiques.<\/p>\n<p>On voit des gros  vieillards ramollis : le comique; puis des ouvriers br\u00fblent les  mannequins du Carneval : le tragique. Une vieille dame fait la jolie et  jette sur les passants des boules de coton : le plaisir; un cimeti\u00e8re  appara\u00eet alors: c&rsquo;est la mort; tous les spectateurs m\u00e9ditent la vanit\u00e9  de la vies.<\/p>\n<p>Vigo ne nous entra\u00eene pas hors des chemins us\u00e9s et la  bourgeoisie ne s&rsquo;en porte pas plus mal.<\/p>\n<p>Il est d&rsquo;autre part na\u00eff de  prouver que les bourgeois sont ha\u00efssables parce qu&rsquo;ils sont laids et  ronflent en dormant : tous les prol\u00e9taires n&rsquo;ont pas la figure d&rsquo;un dieu  et ce n&rsquo;est pas la r\u00e9volution qui gu\u00e9rira tout le monde des polypes et  des v\u00e9g\u00e9\u00adtations. Il y a des contrastes, des images plus efficaces  contre la bourgeoisie. Jugeons seulement Vigo sur ses bonnes intentions.<\/p>\n<p>Il a achev\u00e9 d&rsquo;encombrer son film en faisant appel aux vieilles ficelles;  des maisons \u00e0 l&rsquo;envers ont soudain le vertige, des vues se r\u00e9p\u00e8tent  inlassablement : sommes-nous belles, disent-elles. On voit une  prostitu\u00e9e A, puis une prostitu\u00e9e B, puis C, et soudain miracle ! On  comprend que c&rsquo;est la m\u00eame. Id\u00e9e neuve des prostitu\u00e9es interchangeables.<\/p>\n<p>Faites des pamphlets, mais d\u00e9cidez-vous \u00e0 \u00eatre pamphl\u00e9taires. Qu&rsquo;ils  soient satiriques seulement, ou tragiques, \u00e9veillant m\u00e9pris ou col\u00e8re,  mais toujours coupants et rudes. Ils arriveront bien, par surcro\u00eet, \u00e0  \u00eatre r\u00e9ussis, et efficaces. (Muet. )<br \/>\nAmable Jameson.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #993333;\"><a name=\"libre\"><\/a>La Libre Belgique, le 27 octobre 1933<\/span><\/h3>\n<p>UNE INTERVIEW DE JEAN VIGO<\/p>\n<p>Les interviews accord\u00e9es par Jean Vigo ont \u00e9t\u00e9 rares, et pour cause. J&rsquo;ai retrouv\u00e9 celle-ci dans les documents qu&rsquo;a bien voulu me communiquer Henri Storck. Sign\u00e9e des initiales L.P., elle a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e \u00e0 Bruxelles dans les pages de La Libre Belgique, le 27 octobre 1933.<br \/>\nPIERRE LHERMINIER<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/lherminier-seghers_00221.jpg\" rel=\"lightbox[169]\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-292\" title=\"lherminier-seghers_0022\" src=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/lherminier-seghers_00221-231x300.jpg\" alt=\"\" width=\"231\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/lherminier-seghers_00221-231x300.jpg 231w, https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/lherminier-seghers_00221.jpg 349w\" sizes=\"(max-width: 231px) 100vw, 231px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Reproduit dans <em>Jean Vigo<\/em> de <strong>Pierre Lherminier<\/strong>, ed.Seghers.1967.<\/span><\/p>\n<p>En un temps o\u00f9 les hommes de quarante ans se r\u00e9clament de la jeunesse, et surtout s&rsquo;ils sont gens de cin\u00e9ma, on est particuli\u00e8\u00adrement heureux de rencontrer quelqu&rsquo;un dont l&rsquo;\u00e2ge explique les enthousiasmes et communique au talent cette s\u00e8ve sans quoi aucune oeuvre durable n&rsquo;est possible. Tel Jean Vigo. Nous l&rsquo;avons rencontr\u00e9 quand il vint pr\u00e9senter aux spectateurs bruxellois ce <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em> qui d\u00e9cha\u00eena les foudres de la censure fran\u00e7aise et dans lequel nous n&rsquo;avons rien vu, pour notre part, qui motiv\u00e2t semblable s\u00e9v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Vigo a le mobile et fin visage d&rsquo;un adolescent. Les yeux bruns \u00e9clairent des traits un peu irr\u00e9guliers mais empreints de la plus vive intelligence. D\u00e9gageant le front, la chevelure a ces ondulations que l&rsquo;on pr\u00eate volontiers aux po\u00e8tes sur les m\u00e9dailles et les por\u00adtraits. En bref, une physionomie extraordinairement vivante et tout \u00e0 fait en accord avec les propos optimistes, presque all\u00e8gres, que nous tient Jean Vigo.<br \/>\nComme de bien entendu, nous l&rsquo;interrogeons tout d&rsquo;abord sur la situation faite, en France, aux auteurs de film.<br \/>\n&#8211; <em>L&rsquo;avenir est aux ind\u00e9pendants<\/em>, affirme notre interlocuteur avec une belle assurance. <em>Alors que les grosses compagnies, dont l&rsquo;\u00e9quilibre financier se trouve gravement menac\u00e9 par la crise actuelle, n&rsquo;osent plus se risquer dans aucune entreprise en dehors du genre strictement commercial, la production en participation, elle, a au contraire &#8211; et de ce fait &#8211; la voie libre. Un commanditaire apporte l&rsquo;argent liquide. Un studio fournit son mat\u00e9riel. Une grande maison se charge de la diffusion sur les \u00e9crans de la bande ainsi r\u00e9alis\u00e9e. Je vois donc approcher sans la moindre appr\u00e9hension le moment de commencer L&rsquo;Atalante, que je vais tourner d&rsquo;apr\u00e8s un sc\u00e9nario de Jean Guin\u00e9e, sc\u00e9nario qui n&rsquo;est qu&rsquo;une trame l\u00e2che me permettant de mettre en valeur des images du bord de l&rsquo;eau, dans le monde des mariniers, et l&rsquo;interpr\u00e9tation&#8230;<\/em><br \/>\n&#8211; Elle comportera&#8230;?<br \/>\n&#8211; <em>Jean Dast\u00e9, que vous avez rencontr\u00e9 dans Z\u00e9ro de conduite o\u00f9 il incarne le pion Huguet, et Michel Simon. Gendre de Copeau, Dast\u00e9 a de qui tenir et vous avez pu l&rsquo;appr\u00e9cier par vous-m\u00eame. Quant \u00e0 Simon, nous avons imagin\u00e9 pour lui un per\u00adsonnage inqui\u00e9tant, cynique et bravache, auquel il s&rsquo;adaptera \u00e0 merveille<\/em>.<br \/>\n&#8211; Et votre vedette f\u00e9minine ?<br \/>\n&#8211; <em>Dita Parlo, l&rsquo;actrice qui travaille maintenant sous la direction de Kirsanoff pour La S\u00e9paration des races, adaptation du roman de Ramuz<\/em>.<br \/>\n&#8211; Nourrissez-vous d&rsquo;autres projets?<br \/>\n&#8211; <em>Certes, j&rsquo;ai notamment un \u00ab script \u00bb \u00e9labor\u00e9 en collaboration avec Jean Painlev\u00e9 et qui s&rsquo;intitule Le Caf\u00e9 du Bon Accueil. J&rsquo;esp\u00e8re pouvoir l&rsquo;extraire d&rsquo;ici peu de mes cartons. Car la chance m&rsquo;a toujours servi. <\/em><\/p>\n<p><em>Savez-vous comment je suis venu au cin\u00e9ma ? Malade, je fis un long s\u00e9jour \u00e0 Nice. J&rsquo;eus l&rsquo;occasion de p\u00e9n\u00e9trer dans les ateliers de prises de vues ni\u00e7ois en qualit\u00e9 d&rsquo;assistant op\u00e9rateur. Puis ce fut mon premier film. Un documentaire : A propos de Nice. Je le r\u00e9ussis gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;aide pr\u00e9cieuse de mon excellent cameraman Boris Kaufman, le fr\u00e8re du cin\u00e9aste russe Dziga-Vertoff. On s&rsquo;accorda pour reconna\u00eetre des qualit\u00e9s \u00e0 ma pellicule. Un soir, \u00e0 Paris, on me propose de r\u00e9aliser un documentaire sur la natation. J&rsquo;ignorais tout de ce sport. N&#8217;emp\u00eache, en vingt-quatre heures, j&rsquo;effectuai un d\u00e9coupage qui fut accept\u00e9. Il ne me restait plus qu&rsquo;\u00e0 enregistrer les mouvements ex\u00e9cut\u00e9s par le champion Jean Taris dans une piscine \u00e0 hublots. Taris est, par mani\u00e8re de parenth\u00e8se, d&rsquo;une extr\u00eame obligeance. Aussi n&rsquo;ai-je rencontr\u00e9 aucune difficult\u00e9. Vous connaissez le r\u00e9sultat de mon incursion dans un domaine jusqu&rsquo;alors ignor\u00e9 de moi. <\/em><\/p>\n<p><em>En ce qui concerne Z\u00e9ro de conduite, la chose fut moins simple. J&rsquo;en avais le sujet en t\u00eate, rien de plus. Il fallut commencer quand m\u00eame, en raison de circonstances ind\u00e9pendantes de ma volont\u00e9, comme on dit. Au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;avancement du travail, je pr\u00e9parais les sc\u00e8nes \u00e0 faire se d\u00e9rouler devant l&rsquo;objectif. C&rsquo;est une m\u00e9thode que je ne recommande \u00e0 personne. Pour moi, j&rsquo;avais autour de moi une \u00e9quipe de camarades admirablement d\u00e9vou\u00e9s. Et tout d&rsquo;abord votre compatriote Henri Storck dont j&rsquo;admire le simple et si sinc\u00e8re talent. Puis mon vieux compagnon de A propos de Nice, Boris Kaufman, mes assistants Albert Ri\u00e9ra et Pierre Merle. Et tous les autres : accessoiristes, \u00e9lectriciens. <\/em><\/p>\n<p><em>Il me faut insister sur le concours que m&rsquo;a apport\u00e9 le musicien Maurice Jau\u00adbert dont certaines innovations ont de quoi \u00e9tonner les sp\u00e9cialis\u00adtes les plus avis\u00e9s : celle qui consiste par exemple \u00e0 \u00e9crire un th\u00e8me \u2014 celui de la retraite aux lampions \u2014 \u00e0 l&rsquo;envers en recom\u00admandant de monter la \u00ab boucle-son \u00bb \u00e0 l&rsquo;encontre de sa position ordinaire. Ce qui conf\u00e8re \u00e0 la reproduction un volume \u00e9trange et comme aspir\u00e9 o\u00f9 les images trouvent une parfaite \u00e9quivalence. En outre, Jaubert sait le cas \u00e9ch\u00e9ant sacrifier sa partition aux n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;ensemble, \u00e0 des cris d&rsquo;enfants ou \u00e0 tout autre motif harmonique&#8230;<\/em><br \/>\n&#8211; Encore une question. Votre jugement sur la production \u00ab Made in U.S.A. \u00bb ?<br \/>\n&#8211; <em>On \u00e9dite l\u00e0-bas maints films &#8211; ceux qui ont trait \u00e0 des sujets sociaux notamment &#8211; dont on devrait s&rsquo;inspirer chez nous. Mais n&rsquo;oublions pas qu&rsquo;il s&rsquo;agit le plus souvent de pure propagande politique et non d&rsquo;expressions d&rsquo;un ordre intellectuel mieux organis\u00e9 que le n\u00f4tre. Mais j&rsquo;admire beaucoup des \u0153uvres telles que Je suis un \u00e9vad\u00e9 (de <\/em>Mervyn LeRoy.ndlr)<em>, \u0153uvres constituant d&rsquo;indiscutables r\u00e9ussites<\/em>.<br \/>\n&#8211; A quelles formules cin\u00e9matographiques vont vos pr\u00e9f\u00e9rences?<br \/>\n&#8211; <em>Pour \u00eatre complet dans ma r\u00e9ponse, il me faudrait remon\u00adter \u00e0 M\u00e9li\u00e8s et \u00e0 Mack Sennett. Mais, vraiment, cela nous entra\u00eene\u00adrait trop loin&#8230;<\/em><br \/>\nEt Jean Vigo nous a tendu la main en ajoutant dans un sourire :<br \/>\n&#8211; <em>Ne me vieillissez pas trop&#8230;<\/em><br \/>\n1933.<\/p>\n<h3><a name=\"pourvous\"><\/a>Pour Vous, 30 novembre 1933.<\/h3>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Reproduit dans <em>Jean Vigo<\/em> de <strong>Pierre Lherminier<\/strong>, ed.Seghers.1967.<\/span><\/p>\n<p>QUAND JEAN VIGO TOURNE \u00ab L&rsquo;ATALANTE \u00bb par CLAUDE VERMOREL<br \/>\n<em>Vraiment<\/em>, m&rsquo;a \u00e9crit Jean Vigo, <em>tu veux venir nous voir jouer aux cin\u00e9astes ?<\/em><br \/>\nIl a raison. D&rsquo;habitude, \u00e7a n&rsquo;est pas dr\u00f4le. On attend des heures celle de savoir que dans un prochain film une boniche \u00ab accorte \u00bb dira qu&rsquo; \u00ab elle est servie \u00bb ou qu&rsquo; \u00ab un Monsieur la demande \u00bb \u00e0 une dame qui justement \u00e9tait en train d&rsquo;admirer son ind\u00e9frisable oxyg\u00e9n\u00e9e dans la luxueuse psych\u00e9 d&rsquo;un boudoir de luxe&#8230;<br \/>\nCependant que le metteur en sc\u00e8ne vous entretient de son g\u00e9nie, la jeune premi\u00e8re de son \u00ab art \u00bb, les figurants de la fa\u00e7on curieuse et digne de m\u00e9moire dont ils soignent leur ecz\u00e9ma \u00ab un truc qu&rsquo;ils tiennent de &#8230; vous savez bien, le type qui jouait dans&#8230;, oui c&rsquo;est moi qui y fais le &#8230; \u00bb On a vite besoin de changer d&rsquo;air.<br \/>\n<strong>Jean Vigo<\/strong> tourne sur une p\u00e9niche. Mais oui, comme tout le monde, il se sert de cam\u00e9ras, de sunlights, de soundmen.<br \/>\nLe film s&rsquo;appelle Atalante. <em>L&rsquo;Atalante<\/em>, c&rsquo;est la p\u00e9niche. Il y a aussi une noce, des choses qui se passent dans la brume, de la vraie ou de l&rsquo;imit\u00e9e, des chats. C&rsquo;est tout ce que je sais : je n&rsquo;ai pas demand\u00e9 qu&rsquo;on me r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;histoire. Les histoires de cin\u00e9 !<\/p>\n<p>Et puisque c&rsquo;est Jean Vigo qui la raconte ! Jean Vigo n&rsquo;a tourn\u00e9 encore qu&rsquo;un grand film : <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em>. La censure l&rsquo;a interdit. On n&rsquo;a jamais bien s\u00fb pourquoi. Elle non plus. Mais \u00e7a vous pose un bonhomme de ne pas d\u00e9buter par des vaudevilles bien roses. Vigo n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas fait \u00e7a pour se signaler (il est si simple !) mais parce qu&rsquo;il pense qu&rsquo;il est naturel de se vendre, m\u00eame lorsqu&rsquo;on cr\u00e8ve de faim.<\/p>\n<p>Il y a aussi Dita Parlo, une actrice &#8211; on aimerait mieux dire une jeune femme &#8211; tr\u00e8s intelligente (que de neuf dans ce film !), tr\u00e8s sensible, tr\u00e8s naturelle, et qui pense et dit qu&rsquo;une star ne vaut que ce que vaut son directeur.<br \/>\nEt puis Michel Simon, ce non-conformiste qui pour faire un signe de croix sait avoir l&rsquo;air plus cafard qu&rsquo;un homme noir de Gen\u00e8ve ce &#8211; comment dire : lettr\u00e9 ? c&rsquo;est trop rat de biblio\u00adth\u00e8que ; cultiv\u00e9 ? c&rsquo;est trop amateur &#8211; ce type comme il y en avait au temps de Rabelais et pour qui rien d&rsquo;humain n&rsquo;est \u00e9tran\u00adger, dont on croirait que tous les jours il descend l&rsquo;escalier de la berge avec sa casquette de marinier, son tablier rapi\u00e9c\u00e9, son cabas de provisions d&rsquo;o\u00f9 pend un poumon rose pour ses chats.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Eh bien, les mignons ! c&rsquo;est bon, \u00e7a. Mange donc, toi, sacr\u00e9e charogne ! <\/em>\u00bb Devant lui, marche le gosse de <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em>, l&rsquo;air but\u00e9 ; mauvaise t\u00eate, doit dire son prof, s&rsquo;il en a un, car il ne peut pas s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;injurier tout ce qui porte un col raide ou une cas\u00adquette galonn\u00e9e.<br \/>\nVigo, creus\u00e9, fi\u00e9vreux, et qui n&rsquo;a rien mang\u00e9 depuis le matin (il est cinq heures) &#8211; \u00ab <em>Faut pas \u00eatre trop exigeant<\/em>, dit-il,<em> j&rsquo;ai mang\u00e9 hier<\/em> \u00bb &#8211; barbote dans une assiette de petits pois refroidis, un chat sur l&rsquo;\u00e9paule, qui a eu peur des sunlights et qui s&rsquo;oublie un peu partout. La folle orgie du cin\u00e9ma, quoi !<\/p>\n<p>Par contraste, c&rsquo;est la nuit tout autour. Je me suis un peu \u00e9loign\u00e9 des lumi\u00e8res, pour trouver, en journaliste qui sait son m\u00e9tier, des phrases po\u00e9tiques sur le paysage, le \u00ab cr\u00e9puscule piqu\u00e9 des premi\u00e8res lumi\u00e8res \u00bb, \u00ab les usines aux fum\u00e9es lourdes qui ont aussi l&rsquo;air de bateaux amarr\u00e9s \u00bb, quoi encore ? \u00ab les reflets de la Seine qui n&rsquo;est belle que dans sa brume \u00bb, et puis naturellement la f\u00e9erie de cette p\u00eache aux images sur l&rsquo;eau, comme en Provence, les nuits d&rsquo;\u00e9t\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Il y a un kilom\u00e8tre de foules pour voir \u00e7a, qui doivent \u00eatre l\u00e0 depuis le matin, des boutiquiers qui se relaient, tous les passants qui \u00e9taient s\u00fbrement press\u00e9s, \u00e0 six heures, des petites filles \u00e9blouies (\u00ab Regarde-le&#8230; si, si, c&rsquo;est Michel Simon \u00bb) et des sergents de ville tout fiers de leur droit d&rsquo;\u00eatre au premier rang et qui, de temps en temps, mettent un peu de d\u00e9sordre dans cette foule bien sage.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #993333;\"><a name=\"pourvous34\"><\/a>Pour Vous, n\u00b0 289, 31 mai 1934.<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Reproduit dans <em>Jean Vigo<\/em> de <strong>Pierre Lherminier<\/strong>, ed.Seghers.1967.<\/span><\/p>\n<p>\u00c9LIE FAURE : UN CIN\u00c9ASTE-N\u00c9<\/p>\n<p>La revue <strong>Pour vous<\/strong>, qui publiait ce texte le 31 mai 1934, le faisait pr\u00e9c\u00e9der du \u00ab chapeau \u00bb suivant : \u00ab Historien de l&rsquo;art, philosophe et essayiste de grande classe, le docteur Elle Faure est un des hommes qui, en France, ont les pre\u00admiers compris l&rsquo;importance du cin\u00e9ma et ses possibilit\u00e9s infinies. Il nous annonce aujourd&rsquo;hui la naissance d&rsquo;une oeuvre originale, <em>L&rsquo;Atalante<\/em>, et nous dit sa sympathie pour la personnalit\u00e9 de son auteur, M. Jean Vigo. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les Fran\u00e7ais, a dit <strong>Ren\u00e9 Clair<\/strong>, le plus constamment heureux sinon le meilleur de nos cin\u00e9astes, ne comprennent rien au cin\u00e9ma. \u00bb C&rsquo;est vrai. Pourquoi ?<\/p>\n<p>Peuple plus loquace &#8211; sinon \u00e9couteur &#8211; que visuel. Bavard, ou plut\u00f4t aimant le bavardage, et le bavard.<br \/>\nEprouvant toujours le besoin de traduire l&rsquo;image en mots, chose assez choquante, et probablement impossible, quelque peu sotte par surcro\u00eet. D&rsquo;abord sensible au d\u00e9veloppement dialogu\u00e9 d&rsquo;une intrigue romanesque, et par l\u00e0 indiff\u00e9rent \u00e0 la beaut\u00e9 d&rsquo;un \u00e9clai\u00adrage, d&rsquo;un rythme, d&rsquo;un contraste, d&rsquo;un volume, d&rsquo;un passage, r\u00e9a\u00adlit\u00e9s pourtant n\u00e9cessaires et suffisantes \u00e0 d\u00e9finir le cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi les vrais cin\u00e9astes fran\u00e7ais sont rares, ou trop vite d\u00e9courag\u00e9s. En voici un. Et son bilan devrait suffire \u00e0 le classer. Jean Vigo ? Un film oubli\u00e9, parce qu&rsquo;inattendu. Un film interdit, parce que d&rsquo;une pens\u00e9e trop am\u00e8re, et subversive. Un film non encore projet\u00e9. Pourquoi ? <em>A propos de Nice<\/em>, <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em>, <em>L&rsquo;Atalante<\/em>.<br \/>\nJe ne retiens que le dernier, puisque le premier est muet, et que les films muets ont \u00e0 tel point cess\u00e9 de plaire &#8211; aux specta\u00adteurs ? je n&rsquo;en suis pas tr\u00e8s s\u00fbr, en tout cas aux directeurs de salles &#8211; que le g\u00e9nial <strong>Charlie Chaplin<\/strong> est redescendu vivant dans les limbes. Puisque le second ne peut atteindre un public prot\u00e9g\u00e9 contre la pens\u00e9e par une institution qui croit repr\u00e9senter l&rsquo;ordre et ne repr\u00e9sente que la peur.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;Atalante<\/em> ? De l&rsquo;humain. De l&rsquo;humain chez les pauvres gens.<\/p>\n<p>En chandail et camisole. Pas de cristaux \u00e9tincelants sur la nappe. Des torchons qui pendent, des casseroles. Des baquets. Du pain. Un litre. Des lueurs humbles dans la demi-obscurit\u00e9 accrue par les brouillards du fleuve. L&rsquo;ombre furtive de <strong>Rembrandt <\/strong>qui se ren\u00adcontre, entre des meubles rugueux et des cloisons de planche, avec l&rsquo;ombre sournoise de <strong>Goya<\/strong>, des guitares, des chats galeux, de grossiers masques de danse, des monstres empaill\u00e9s, des mains coup\u00e9es dans un bocal, cet \u00e9trange parfum d&rsquo;exotisme et de po\u00e9sie que tout vieux marin tra\u00eene apr\u00e8s lui dans les relents du rhum et du goudron, je ne sais quel rayon inattendu des mers illumin\u00e9es dans le plus pauvre repaire. Un clown burlesque, avec sa pacotille de magie, d\u00e9mon pour pauvres bougres que la tentation n&rsquo;avait pas touch\u00e9s, parce que les bateaux sur les canaux et les rivi\u00e8res ne passent pas la lisi\u00e8re des villes.<\/p>\n<p>Je songeais tout le temps \u00e0 ces pinceaux de lumi\u00e8re promen\u00e9s si loin d&rsquo;eux par la couronne tournante des phares et touchant au hasard sur l&rsquo;eau noire une \u00e9pave, un cadavre, un paquet d&rsquo;algues, ou un miroitement \u00e0 la surface de l&rsquo;ab\u00eeme.<br \/>\n\u00ab Belles images, mais pas de rythme \u00bb, me disait, en sortant de l\u00e0, un \u00e9crivain de grande classe. Je n&rsquo;en suis pas du tout certain. D&rsquo;abord, depuis quelques ann\u00e9es, nous sommes tous poss\u00e9d\u00e9s par cette hantise du rythme import\u00e9e dans une Europe encore \u00e9tourdie du fracas de la guerre, et de ce m\u00e9lange enivrant de somnolence et de nervosit\u00e9 qui l&rsquo;a suivie, par la passion du jazz, des tangos, des danses exotiques, des sculptures n\u00e8gres, par les progr\u00e8s d&rsquo;un machinisme que tant de sonorit\u00e9s cadenc\u00e9es accompagnent, et peut-\u00eatre impos\u00e9 \u00e0 son anarchie politique par la n\u00e9cessit\u00e9 urgente d&rsquo;y introduire un ordre neuf.<\/p>\n<p>En outre, il est possible que l&rsquo;\u00e9cran d&rsquo;Am\u00e9rique &#8211; notre ma\u00ee\u00adtre, je le reconnais et le proclame &#8211; nous ait impos\u00e9 son propre rythme et que nous ne sachions plus saisir, hors de lui, si pr\u00e9ci\u00adpit\u00e9, si marqu\u00e9, sonnant, luisant, tranchant comme des leviers et des bielles, pr\u00e9sent dans le geste, les attitudes, le mouvement des l\u00e8vres des acteurs et l&rsquo;\u00e9clair de ce couteau, et le hal\u00e8tement de cette motocyclette, et les vives lueurs et les tr\u00e9pidations de ce central t\u00e9l\u00e9phonique, le rythme qui nous est sp\u00e9cial, \u00e0 nous, peuple vivant au ralenti certes, et trop statique \u00e0 coup s\u00fbr, mais dont les cadences mentales ont toujours jou\u00e9 entre des sentiments moyens et des sensations raisonnables, et plus habitu\u00e9 au bruit des pas de <strong>La Fontaine<\/strong> qu&rsquo;\u00e0 celui des pas de <strong>Whitman<\/strong>.<\/p>\n<p>Il faut se risquer, pour comprendre, \u00e0 d\u00e9passer les imp\u00e9ratifs de l&rsquo;\u00e9poque, \u00e0 descendre au fond de soi, \u00e0 gratter le vernis des habi\u00adtudes et des formules actuelles, pour demander \u00e0 chaque groupe humain ce qu&rsquo;il peut et doit apporter \u00e0 ce langage universel que nous \u00e9pelons \u00e0 peine. Apr\u00e8s tout, <strong>Delacroix <\/strong>et <strong>Corot <\/strong>n&rsquo;\u00e9taient-ils pas l&rsquo;un et l&rsquo;autre d&rsquo;ici, et, chose plus singuli\u00e8re, contemporains ; celui-l\u00e0 martelant \u00e0 coups de passion le dedans des choses pour en projeter la substance au-dehors, celui-ci les ramenant toutes \u00e0 un mouvement secret hi\u00e9rarchis\u00e9 sans y para\u00eetre dans une sympathie commune, interrogeant discr\u00e8tement l&rsquo;ordre de l&rsquo;univers au lieu de lui impo\u00adser ses d\u00e9sirs et de le forcer dans tous ses asiles ?<\/p>\n<p>Justement, j&rsquo;ai souvent pens\u00e9 \u00e0 <strong>Corot <\/strong>devant ces paysages d&rsquo;eau, d&rsquo;arbres, de petites maisons sur la rive calme et de bateaux qui cheminent avec lenteur devant leur sillage d&rsquo;argent, \u00e0 sa mise en page impeccable, \u00e0 sa force invisible parce que ma\u00eetresse d&rsquo;elle-m\u00eame, \u00e0 cet \u00e9quilibre de tous les \u00e9l\u00e9ments du drame visuel dans l&rsquo;accueil tendre d&rsquo;une acceptation totale, \u00e0 la perle et l&rsquo;or qui recouvrent de leur voile transparent la nettet\u00e9 des plans et la fermet\u00e9 des lignes. Et peut-\u00eatre de ce fait, ai-je appr\u00e9ci\u00e9 davantage le plaisir de respirer, dans ce cadre si net, si parfaitement d\u00e9pourvu d&#8217;emp\u00e2tement et de boursouflures, classique en somme, l&rsquo;esprit m\u00eame de l&rsquo;oeuvre de <strong>Jean Vigo<\/strong> presque violent, en tout cas tourment\u00e9, fi\u00e9vreux, regorgeant d&rsquo;id\u00e9es et de fantaisie truculente, d&rsquo;un romantisme virulent ou m\u00eame d\u00e9moniaque, bien que constam\u00adment humain.<\/p>\n<h3><a name=\"ecran45\"><\/a>L&rsquo;Ecran Fran\u00e7ais n\u00b022 dat\u00e9 du 14 novembre 1945<\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/ecranfrancais-22-281145_0001.jpg\" rel=\"lightbox[169]\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-289\" title=\"ecranfrancais-22-281145_0001\" src=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/ecranfrancais-22-281145_0001.jpg\" alt=\"\" width=\"270\" height=\"343\" srcset=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/ecranfrancais-22-281145_0001.jpg 450w, https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/ecranfrancais-22-281145_0001-236x300.jpg 236w\" sizes=\"(max-width: 270px) 100vw, 270px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>ZERO DE CONDUITE ET JEAN VIGO par Pierre BOST<\/strong><\/p>\n<p>On pr\u00e9sente enfin au public <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em>, de Jean Vigo, film c\u00e9l\u00e8bre et inconnu. L&rsquo;oeuvre date de plus de dix ans, elle fut interdite par la censure d\u00e8s sa naissance, et depuis ce jour, les amis de Jean Vigo et du cin\u00e9ma, qui se trouvaient \u00eatre les m\u00eames, et \u00eatre aussi les ennemis de la censure, se montraient le film en cachette et en parlaient beaucoup.<\/p>\n<p>Nous avions raison d&rsquo;en parler. Main\u00adtenant, tout le monde peut le voir. Je ne dirai pas que la bataille soit gagn\u00e9e, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il est trop tard : Jean Vigo est mort \u00e0 vingt-neuf ans, apr\u00e8s une carri\u00e8re difficile, qui ne fut gu\u00e8re soute\u00adnue que par l&rsquo;amiti\u00e9, ce qui ne suffit pas au cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Ensuite parce qu&rsquo;on ne juge pas bien un film vieux de dix ans (la copie est, semble-t-il, imparfaite  et in\u00adcompl\u00e8te), et surtout parce que nous ne saurons jamais ce que  Jean Vigo aurait fait par la suite, les b\u00e9n\u00e9fices et les le\u00ad\u00e7ons qu&rsquo;il  aurait tir\u00e9s de sa propre vic\u00adtoire. Mais, justement, dans <em>Z\u00e9ro de  conduite<\/em>, ce qui est le plus \u00e9mouvant, c&rsquo;est peut-\u00eatre, mieux encore que  l&rsquo;oeuvre elle-m\u00eame, mieux encore que cette d\u00e9\u00adcouverte d&rsquo;un pass\u00e9,  l&rsquo;image d&rsquo;un avenir qui ne s&rsquo;est pas r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;avenir de Jean Vigo, d&rsquo;abord. On l&rsquo;a dit cent fois : il \u00e9tait l&rsquo;un des  mieux dou\u00e9s parmi les metteurs en sc\u00e8ne de son \u00e2ge, et il aurait bien  fini par trouver les com\u00admanditaires et le public qu&rsquo;ont trouv\u00e9s les  autres. Mais aussi, dans une certaine mesure, l&rsquo;avenir du cin\u00e9ma  fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Un homme comme Jean Vigo e\u00fbt \u00e9t\u00e9 utile \u00e0 tout le monde, et justement parce qu&rsquo;il \u00e9tait lui-m\u00eame. D\u00e9j\u00e0, dans son premier film, un documentaire : <em>A propos de Nice<\/em>, il prouvait, d\u00e8s le titre m\u00eame, qu&rsquo;il savait non seulement voir mais montrer, c&rsquo;est-\u00e0-dire interpr\u00e9ter.<em> Z\u00e9ro de conduite<\/em> en apporte la preuve : ce film, qui se d\u00e9roule dans un internat de jeunes gar\u00e7ons, est presque, lui aussi, un documentaire, mais vivant, riche, charg\u00e9 de sens, lourd d&rsquo;amertume et d&rsquo;ironie. La censure ne s&rsquo;y est pas tromp\u00e9e : elle ne tol\u00e8re que la satire souriante, anodine, c&rsquo;est-\u00e0-dire, finalement, un peu complice.<\/p>\n<p>Or <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em> est un film brusque, sans poli\u00adtesse, et qui passe, sans avertir, de l&rsquo;ai\u00admable \u00e0 l&rsquo;acerbe. C&rsquo;est le ton que d\u00e9teste le plus la censure : elle aime bien le tout rose et elle accepte le tout  noir ; dans ces couleurs-l\u00e0, on sait \u00e0 qui on a affaire. Tandis que,  devant ces auteurs qui font rire d&rsquo;un rire un peu trouble, la censure  s&rsquo;inqui\u00e8te, elle flaire des id\u00e9es de der\u00adri\u00e8re la t\u00eate. Et elle a  raison. Elle n&rsquo;est pas si b\u00eate qu&rsquo;elle en a l&rsquo;air, la censure. On peut  m\u00eame soutenir qu&rsquo;elle ne se trompe jamais.<\/p>\n<p><em>Z\u00e9ro de conduite <\/em>nous montre de jeunes enfants et leurs ma\u00eetres. Les enfants font les m\u00eames gestes, trament les m\u00eames complots et sont aussi b\u00eates que tous les galopins de  tous les coll\u00e8ges. Leur principal et leurs profes\u00adseurs ne sont pas non  plus des \u00eatres f\u00e9roces, ni sadiques ; les caricatures, ici, ne sont pas pouss\u00e9es plus au noir que tant d&rsquo;autres&#8230; Et pourtant, il y a \u00e0 tra\u00advers tout le film un ton insolite, une du\u00adret\u00e9 dans l&rsquo;ironie, une lucidit\u00e9 d\u00e9courag\u00e9e qui font un film tr\u00e8s diff\u00e9rent de toutes les autres histoires de coll\u00e8ge. Ce n&rsquo;est pas parce que les gamins se r\u00e9voltent, ce n&rsquo;est m\u00eame pas parce qu&rsquo;ils viennent chahuter, pendant la f\u00eate du coll\u00e8ge, le principal, le pr\u00e9fet et l&rsquo;abb\u00e9, que ce film a \u00e9t\u00e9 interdit. On en a vu bien d&rsquo;autres. Ce n&rsquo;est pas m\u00eame \u00e0 cause de telle ou telle image non ; rien n&rsquo;est violent dans ce film ; rien n&rsquo;est vraiment cruel.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cause de l&rsquo;auteur ; non pas de Jean Vigo personnellement et nomm\u00e9ment, mais parce que derri\u00e8re ce r\u00e9cit il y a un homme qui pense \u00e0 quelque chose, au del\u00e0 de &lsquo;ses images. Ce n&rsquo;est pas fr\u00e9\u00adquent. Et cela fait toujours un peu peur.<br \/>\nEn cela, il faut avouer que le public n&rsquo;est jamais tr\u00e8s loin de la censure. <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em> l&rsquo;amuse, l&rsquo;attire, mais aussi le d\u00e9route, l&rsquo;inqui\u00e8te.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la seule erreur de ce film, qu&rsquo;il ne fait, comme on dit, aucune concession, sinon peut-\u00eatre \u00e0 une certaine esth\u00e9tique dont le principe essentiel est de n&rsquo;en faire aucune. Il n&rsquo;est pas fait pour le public, ce qui est bon ; mais il est fait un peu contre lui, ce qui est toujours dangereux.<br \/>\nEt puis, cela dit, <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em> est un film ravissant. Ne croyez pas \u00e0 un film noir. Gai, au contraire, avec des gags \u00e9clatants, un incroyable et fourmillante richesse d&rsquo;invention, ce qui est si rare en France.<\/p>\n<p>Trop souvent, pour souligner la qualit\u00e9 d&rsquo;une \u0153uvre inconnue, sinon m\u00e9\u00adconnue, on croit devoir insister sur ses intentions, sur ses arri\u00e8re-plans ; et je tombe peut-\u00eatre, moi-m\u00eame, dans ce tra\u00advers. Mais non. <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em> est un film charmant comme sont charmants tous les souvenirs d&rsquo;enfance, m\u00eame tris\u00adtes. Les enfants n&rsquo;y sont pas\u00a0\u00ab mignons tout plein \u00bb, mais vrais et directs, bour\u00adr\u00e9s de d\u00e9fauts et de vertus, comme tous les enfants.<\/p>\n<p>On conna\u00eet peu d&rsquo;oeuvres sur la jeunesse qui r\u00e9ussissent aussi bien \u00e0 \u00e9mouvoir sans chercher \u00e0 attendrir. <em>Emil et les D\u00e9tectives<\/em>, de Gerhardt Lamprecht, est de la m\u00eame ann\u00e9e, sauf erreur. Encore est-il beaucoup plus impr\u00e9gn\u00e9 d&rsquo;une gen\u00adtillesse un peu suspecte. Par la suite, les Am\u00e9ricains ont travaill\u00e9 la question des films d&rsquo;enfants, et fort bien, dans leur style \u00e0 eux. En France, on n&rsquo;a jamais trouv\u00e9 le vrai ton de la litt\u00e9rature enfan\u00adtine. Jacques Darroy, dans <em>La Guerre des Gosses<\/em>, Louis Daquin, dans <em>Nous les Gosses<\/em>, sont intelligents, sensibles et jus\u00adtes ; mais encore rattach\u00e9s \u00e0 des tradi\u00adtions litt\u00e9raires. Jean Vigo est moins adroit mais plus direct, et surtout il prend les enfants dans leur vie de chaque ins\u00adtant, et non pas dans leurs r\u00e9cr\u00e9ations. Dans leur vie int\u00e9rieure surtout.<\/p>\n<p>Je ne dis rien de la mise en sc\u00e8ne, quoiqu&rsquo;il y ait beaucoup \u00e0 en dire : on remarquera avec quelle aisance Jean Vigo, dans des plans vastes, o\u00f9 jouent de nombreux personnages, sait montrer exactement le geste, le d\u00e9tail, qui doivent \u00eatre vus. C&rsquo;est d&rsquo;une s\u00fbret\u00e9 admi\u00adrable.<\/p>\n<p>Mais il faut bien dire un mot d&rsquo;un certain sens po\u00e9tique (le mot a \u00e9t\u00e9 gal\u00advaud\u00e9) qui \u00e9clate soudain, et qui trouble presque, comme cette sc\u00e8ne de la r\u00e9volte au dortoir, o\u00f9 soudain le ralenti inter\u00advient pour transfigurer tous ces gamins en chemise, et fait para\u00eetre une proces\u00adsion de petits anges \u00e0 la fois charmants et bouffons. On ne sait s&rsquo;il faut rire ou y aller de sa larme. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle \u00eatre \u00e9mu.<\/p>\n<p>On est souvent \u00e9mu. Et jusque dans les passages qui semblent d&rsquo;abord purement comiques, comme cette sc\u00e8ne \u00e9trange o\u00f9 le petit pion si gentil s&rsquo;essaie en secret \u00e0 marcher comme Charlot&#8230; Ce gag ne vient pas par hasard. L&rsquo;influence de <strong>Cha\u00adplin <\/strong>est \u00e9vidente et avou\u00e9e; celle de <strong>Ren\u00e9 Clair<\/strong> est visible aussi, mais sans doute moins accept\u00e9e.<\/p>\n<p>Jean Vigo, tout jeune, avait des ma\u00eetres, et pourquoi non ? Sa personnalit\u00e9, comme il arrive toujours, n&rsquo;en \u00e9tait que mieux affirm\u00e9e, Il inventait quelque chose.<br \/>\nDepuis, nous avons vu fleurir et non pas seulement au cin\u00e9ma, cet humour iro\u00adnique, un peu \u00e2cre, \u00e9mu et sarcastique, ce rire tr\u00e8s franc et qui se casse. C&rsquo;est presque devenu un proc\u00e9d\u00e9, et naturelle\u00adment les moyens techniques de cet art-l\u00e0 ont \u00e9t\u00e9 mis au point.<\/p>\n<p>Mais <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em>, film secret et important, est \u00e0 l&rsquo;origine de tout cela.<br \/>\nJ&rsquo;avais tort de dire que <strong>Jean Vigo<\/strong> n&rsquo;avait pas eu son avenir. Il l&rsquo;a mainte\u00adnant. Son avenir, c&rsquo;est le pass\u00e9 des autres.<br \/>\nP. B.<\/p>\n<p>En bonus voici le court article sur cette sortie de <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em> dans le num\u00e9ro pr\u00e9c\u00e9dent de <strong>L&rsquo;Ecran fran\u00e7ais<\/strong> (n\u00b021 dat\u00e9 du 21 novembre 1945).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/ecranfrancais-21-211145.jpg\" rel=\"lightbox[169]\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-290\" title=\"ecranfrancais-21-211145\" src=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/ecranfrancais-21-211145.jpg\" alt=\"\" width=\"360\" height=\"467\" srcset=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/ecranfrancais-21-211145.jpg 450w, https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/ecranfrancais-21-211145-231x300.jpg 231w\" sizes=\"(max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/a><\/p>\n<h3><span style=\"color: #993333;\"><a name=\"ecran47\"><\/a>L&rsquo;Ecran Fran\u00e7ais n\u00b0120 dat\u00e9 du 14 octobre 1947<\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/IMG-ecranfran120-14.10.47-2.jpg\" rel=\"lightbox[169]\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-198\" title=\"IMG-ecranfran120-14.10.47 (2)\" src=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/IMG-ecranfran120-14.10.47-2.jpg\" alt=\"\" width=\"384\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/IMG-ecranfran120-14.10.47-2.jpg 640w, https:\/\/marcel-carne.com\/atalante\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/IMG-ecranfran120-14.10.47-2-300x249.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 384px) 100vw, 384px\" \/><\/a><\/p>\n<p>DEUX LETTRES DE VIGO<br \/>\nVoici quelque temps d\u00e9j\u00e0, parlant ici-m\u00eame de l&rsquo;effort accompli par le <em>C.C. de Valence<\/em> sur l&rsquo;impulsion de son animateur, le jeune professeur Jean Michel, nous nous promettions de pu\u00adblier des extraits de lettres in\u00e9dites de Jean Vigo, qui avaient paru dans les Cahiers de ce m\u00eame C.C. Ces lettres, adress\u00e9es par Jean Vigo \u00e0 l&rsquo;un de ses amis : M. Pierre de Saint-Prix, \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9es par ce dernier en ces termes :<br \/>\n\u00ab Je viens de feuilleter pour vous une liasse de lettres dat\u00e9es de 1927 \u00e0 1930 (Jean Vigo \u00e9tait n\u00e9 en 1905). Elles sont timbr\u00e9es de Font\u00ad-Romeu, puis de Nice, o\u00f9 Vigo pro\u00adm\u00e8ne sa cam\u00e9ra, des ruelles de la, vieille ville \u00e0 la baie des Anges&#8230; A chaque ligne on y trouve un \u00ab c\u0153ur mis \u00e0 nu \u00bb, exposant ses plaies vives, sans un g\u00e9missement, avec une d\u00e9li\u00adcatesse si d\u00e9chirante qu&rsquo;on h\u00e9site \u00e0 transcrire. \u00bb<\/p>\n<blockquote><p><em>Je me ratatine tr\u00e8s gauchement sur moi-m\u00eame<\/em> &#8211; m&rsquo;\u00e9crivait-il en juillet 1928 &#8211; <em>d\u00e8s qu&rsquo;on me pr\u00eate par trop attention, car je ne comprendrai ja\u00admais, je crois, que l&rsquo;on puisse prendre garde \u00e0 moi. <\/em><\/p>\n<p><em>Et des gentillesses en\u00adcore ! Si cela m&rsquo;est doux, cela me d\u00e9\u00adsesp\u00e8re beaucoup. <\/em><\/p>\n<p><em>Loin de moi le sentiment d&rsquo;humiliation, qui n&rsquo;est, du reste, pas pour me d\u00e9plaire. Non, ce que je ressens tient de la crainte de ne pas avoir m\u00e9rit\u00e9 pr\u00e9sentement, et de celle de d\u00e9cevoir plus tard&#8230; <\/em><\/p>\n<p><em>C&rsquo;est pourquoi mes amis me procurent les joies les plus grandes et les plus pro\u00adfondes tristesses&#8230;<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab Cr\u00e9er, expliciter son imagerie in\u00adt\u00e9rieure, continue M. de Saint-Prix, tel est, depuis des ann\u00e9es, l&rsquo;objectif unique de Vigo. Mais, inconnu, d&rsquo;hu\u00admeur sauvage, comment apprendre seulement son m\u00e9tier ? Un des pion\u00adniers du cin\u00e9ma, Mme Germaine Du\u00adlac, \u00e0 qui ma m\u00e8re l&rsquo;avait adress\u00e9, l&rsquo;accueille avec une bienveillance qui l&rsquo;\u00e9tonne \u00bb :<\/p>\n<blockquote><p><em>Mme Germaine Dulac m&rsquo;a re\u00e7u chez elle, \u00e0 Paris, tr\u00e8s cor\u00addialement. Ses propos et son attitude respiraient la sinc\u00e9rit\u00e9 et je fus bien heureux de la rencontrer. Elle sera mon plus sur soutien \u00e0 la \u00ab Franco-Film \u00bb &#8211; o\u00f9 elle conna\u00eet tout le monde &#8211; et o\u00f9 je viens d&rsquo;entrer gr\u00e2ces \u00e0 Claude Autant-Lara.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab Engag\u00e9 comme aide-op\u00e9rateur \u00e0 la \u00ab Franco-Film \u00ab, il s&rsquo;initie \u00e0 la technique du \u00ab muet \u00bb. Mais c&rsquo;est au service de sa propre vision, rythm\u00e9e d\u00e9j\u00e0 en lui par une force involontaire, qu&rsquo;il entend mettre sa connaissance des tours de main et des ficelles de m\u00e9tier. Ses rares loisirs, il les consa\u00adcre \u00e0 saisir au vol &#8211; une cam\u00e9ra d&rsquo;amateur \u00e0 demi-cach\u00e9e sous son ves\u00adton &#8211; les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;<em>A propos de Nice<\/em>, qui sera sa premi\u00e8re oeuvre per\u00adsonnelle : images burlesques du demi-monde cosmopolite qui \u00e9tale, au\u00adtour de l&rsquo;ancien Casino, ses chairs fa\u00adtigu\u00e9es et ses fringales un peu trop neuves ; images nobles et mis\u00e9rables des vieux quartiers&#8230; Quelle firme osera prendre \u00e0 son compte ce docu\u00admentaire f\u00e9roce ? \u00bb<\/p>\n<blockquote><p><em>J&rsquo;ai de s\u00e9rieux espoirs pour A pro\u00adpos de Nice, mais jusqu&rsquo;aux accords d\u00e9finitifs, je douterai<\/em>, m&rsquo;\u00e9crit-il le 13 ao\u00fbt 1930, <em>car, je me refuse aux exercices d&rsquo;assouplissement d&rsquo;\u00e9chine, et cela sera-t-il pour plaire ?<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab Sa fi\u00e8re intransigeance est r\u00e9com\u00adpens\u00e9e, Le film passe aux Ursulines. Le public tr\u00e9pigne, siffle, acclame. La jeunesse du Quartier latin raille les boulevardiers qui ont consenti \u00e0 tra\u00adverser la Seine pour assister \u00e0 cette petite bataille d&rsquo;Hernani. Un succ\u00e8s. Les studios parisiens s&rsquo;entreb\u00e2illent devant le jeune \u00ab lion \u00bb 1930.<\/p>\n<p>Dans la fi\u00e8vre, Jean Vigo tourne <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em>, puis <em>L&rsquo;Atalante <\/em>est mise en chantier&#8230; Mais, surmen\u00e9, br\u00fbl\u00e9 d&rsquo;ar\u00addeur cr\u00e9atrice, toujours luttant, Vigo ach\u00e8ve \u00e0 grand&rsquo;peine sa derni\u00e8re oeuvre. Une endocardite infectieuse l&#8217;em\u00adporte en octobre 1934 &#8211; \u00e0 vingt-neuf ans. \u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><a href=\"#top\">Haut de page<\/a><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Liste des articles reproduits : Cin\u00e9-Magazine n\u00b07 du mois de juillet 1930 + La Revue de Cin\u00e9ma n\u00b017 du 01 d\u00e9cembre 1930 + La Libre Belgique, le 27 octobre 1933 + Pour Vous, 30 novembre 1933 + Pour Vous, n\u00b0 289, 31 mai 1934 + L&rsquo;Ecran Fran\u00e7ais n\u00b022 dat\u00e9 du 14 novembre 1945 + L&rsquo;Ecran [&hellip;]<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on get_the_excerpt --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on get_the_excerpt 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